13 décembre 1843

« 13 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 159-160], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11505, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon âme, bonjour ma vie, bonjour ma joie. Comment vas-tu ce matin, as-tu pris un peu de repos ? Pauvre ange bien-aimé, je te demande pardon si je t’ai tourmenté cette nuit et d’avoir ajouté à ta fatigue de toute ta journée mes larmes et mes reproches. C’est que, mon cher petit bien-aimé, j’étais bien malheureuse de ne pas t’avoir vu de la journée. Vingt-quatre heures pour une pauvre folle qui t’aime comme je t’aime et qui a mis toute sa vie, toute sa joie et tout son amour en toi, c’est bien long. C’est un supplice dont tu ne peux pas te rendre compte, toi, mon adoré [illis.] comme tu [illis.] et entière de ta chère petite famille. Mais si tu pouvais sentir, seulement pendant une heure, ce que je souffre de ton absence, tu me plaindrais, mon Toto, et tu ferais ton possible pour m’épargner ce cruel martyre. Cependant, mon bon petit bien-aimé, je vais tâcher d’avoir du courage. Je ne veux pas te tourmenter pendant que tu travailles. Je ne veux pas augmenter par ma faute ta fatigue que va te donner cet important travail que tu veux essayer de faire. Je crains que tous tes efforts n’aboutissent qu’à te rendre malade, mon pauvre adoré. Tu es dans une disposition de cœur et d’esprit qui ne permet guère un travail comme celui que tu médites. Il serait même bien imprudent à toi de te forcer outre mesure. Mais je te promets, mon pauvre ange dévoué, de ne pas te montrer ma tristesse quand j’en aurai, d’avoir de la force, du courage et de la résignation, du moins en apparence, tout le temps que tu travailleras. Je t’aime.

Juliette


« 13 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 161-162], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11505, page consultée le 25 janvier 2026.

Tu es bien gentil d’être venu, mon petit Toto, surtout si tu dois revenir tout à l’heure. Autrement j’y perdrais puisque tu es à peine resté cinq minutes avec moi au lieu d’une heure et quelquefois plus que tu as l’habitude de me donner avant le dîner, quand tu es très généreux.
Je ne suis pas du tout votre dupe pour le Corsaire, je vous préviens que je vais envoyer chercher le numéro complet pour savoir au juste quellea est la trahison que vous avez voulu me cacher. Méfie-toi, Toto, prends garde au brouillard et aux calottes.
À propos de brouillard, j’ai très mal à la gorge et je pense que tes pauvres beaux yeux doivent te faire beaucoup souffrir par cet affreux temps. Ménage-les mon adoré et viens bien vite les baigner. Ta cravateb est pliée à la largeur indiquée. J’ai reçu mon linge et je suis sous les armes prête à tout ce que vous voudrez. Hum ! Si c’était prête à tout ce que je voudraisc, ce serait bien plus drôle que d’être à la merci de votre volonté qui ne veut rien du tout de moi. Malheureusement il n’en est pas ainsi. C’est pourquoi j’en serai pour mes frais de diligence et de toilette. Ia, ia, monsire, matame, il est son sarme à M. Dodo mais il n’est bas pien trôle. Chaimerais pien eine [chamoine ?]

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « quel ».

b « cravatte ».

c « voudrai ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.