14 décembre 1843

« 14 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 163-164], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11506, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon petit Toto bien-aimé, bonjour mon cher, cher petit, bonjour, bonjour, je t’aime. J’espère que tu auras passé une bonne nuit et que tu te seras couché en rentrant chez toi hier. Si tu ne l’as pas fait, tu es un méchant homme mon Toto qui n’a aucune pitié du plus ravissant petit corps qu’il y ait au monde. Je te retireraia ma confiance et je te reprendrai ce qui m’appartient pour le soigner moi-même. En attendant, votre montre m’a coûté quatre francs. Elle va très bien maintenant, il n’y avait rien de cassé. Seulement elle était remplie de petits morceaux de verre. Je vais donc rentrer dans ma propriété, ça n’est pas malheureux !!!
Tu as raison, mon cher petit, en ce qui concerne les portraits. Seulement la raison qu’on est obligé d’accepter en guise d’étrennes n’est ni une chose aimable ni une chose consolante pour celle à qui on ne donne que ça, tout sec pour le jour de l’an. Quant à toi, mon Toto, qui te pose en homme sûr de ton fait, parce qu’au fond cela t’intéresse peu, je te prierai de tâcher de réaliser ta promesse le plus tôt possible pour ne pas faire une trop redoutable concurrence à la mémoire du grand Rosanbo1. Tu as beau t’en défendre avec modestie, tu as plus d’une ressemblance avec cet illustre Marquis de drolatique mémoire.
Maintenant baisez-moi et aimez-moi si vous en avez le temps. Vous avez sans doute académie aujourd’hui. Tâchez de venir m’embrasser en y allant et d’y rester le moins de temps que vous pourrez. En somme, ça n’est [illis.] pas si amusant.

Juliette


Notes

1 Louis Le Peletier de Rosanbo (1777-1856) fut Pair de France sous la Restauration. On ne comprend pas l’allusion, qui peut d’ailleurs s’appliquer à l’un de ses ancêtres.

Notes manuscriptologiques

a « retirai ».


« 14 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 165-166], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11506, page consultée le 25 janvier 2026.

Tu es sans doute à l’Académie, mon Toto, ce qui m’inquiète par ce vilain de temps de brouillard. Je ne serai tranquille que lorsque je t’aurai vu et que je serai sûre qu’il ne t’est rien arrivé dans le trajet de là-bas à ici.
Je continue à avoir mal à la tête. J’attribue à ce mal habituel l’état d’imbécillité dans lequel je me plonge de plus en plus. Peut-être aussi n’est-ce qu’un simple prétexte pour ne pas m’avouer à moi-même une désagréable vérité. Mais le fait est que je suis stupide et que je souffre. Voilà, toute la cause ne mérite pas la peine d’être approfondie.
Je me suis aperçue tout à l’heure que ton cordon de montre était usé près du cadenas, ce qui pourrait t’exposer à perdre ta montre ou à la casser. Si tu veux, je te le ferai raccommoder et je te prêterai encore ma chaîne de sûreté qui n’est pas fille de la PRUDENCE puisque je vous la prête. Enfin qui ne RISQUE RIEN N’A RIEN et qui risque tout n’a pas davantage, ce qui fait que j’aimerais autant n’être pas forcée de vous confier ma chaîne. Je suis sûre que vous trouvez que je bats la BRELOQUE et vous vous moquez de moi à tire-larigota. Que je vous voie scélérat et vous verrez que je sais encore battre autre chose sur vos épaules. Dépêchez-vous de venir et ne vous cognez pas le nez dans toutes les passantes.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « tirelarigo ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.