« 30 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 81-82], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10896, page consultée le 24 janvier 2026.
30 avril 1843, dimanche matin, 11 h. ¼
Bonjour mon cher Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour adoré. Je te remercie d’être
venu cette nuit mon Toto car sans ta visite il est plus que probable que j’aurais
passé une mauvaise nuit au lieu de dormir comme un sabot… qui rêve de son Toto et
qui
l’aime de tout son cœur, de sabot.
Ce que tu m’as dit de ton somnambule commence
à m’intéresser. Mais surtout ce qui m’a remué le cœur c’est cette scène avec ton petit
Toto. Pauvre petit bien-aimé, tu ne m’avais jamais dit qu’il eût été malade à ce
point. Pauvre ange bien-aimé, si je l’avais su, je me serais réunie à toi pour le
magnétiser car, si je nie certains phénomènes magnétiques, je
ne nie pas ceux qui viennent du cœur et qui consistent en un désir ardent de préserver
et de soulager de tout mal ceux qu’on aime. C’est dans cette conviction, mon Toto
adoré, que je te prie, à l’avenir, de me dire tout ce qui t’arrive à toi ou aux tiens
car, outre la part de soulagement que je peux apporter en y mettant toute mon âme,
tu
me prives du triste bonheur de souffrir avec toi et tu m’exclus de la meilleure partie
de toi-même. Je ne sais pas si tu me comprends, mon Toto, car mes idées sont comme
la
vue magnétique des somnambules, très indécises et très confuses sur le papier
quoiqu’elles soient très senties et très claires dans ma pensée et dans mon cœur.
Mais
je t’en prie mon bien-aimé, dis-moi toujours tout ce qui t’arrive d’heureux, et
surtout de malheureux car c’est pour t’aider et pour t’aimer dans ces occasions-là
que
Dieu m’a mise au monde.
J’ai reçu une lettre de Mme Pierceau que j’ai reconnue à
l’écriture et à un cachet que je t’ai déjà expliqué. Je l’ai
ouverte, me doutant qu’il devait y avoir quelque chose de pressé puisqu’elle
m’écrivait le jour où elle devait venir. Bien m’en a pris puisque c’était pour me
dire
qu’elle serait chez moi tantôt, à trois heures avec M. Démousseau. Elle ajoute qu’il a été reconnu tout de suite par le
Garnier1 en question, lequel lui a remis
tous les papiers en disant s’en rapporter à lui sur tout ce qu’il ferait. C’est pour
t’entendre avec moi à ce sujet qu’il viendra aujourd’hui. Malheureusement, je ne
saurai que lui dire si tu n’es pas là. J’en serai quitte pour lui dire que je lui
écrirai notre décision à tous les deux. En attendant, mon
Toto, je me dépêche comme une dératée pour être prête à les recevoir. Je t’aime mon
Toto chéri, tu dois sentir cela malgré toutes les distances et tous les obstacles
qui
sont entre mes baisers et ta bouche.
Juliette
1 À identifier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
