« 18 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 39-40], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10884, page consultée le 24 janvier 2026.
18 avril 1843, mardi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto chéri. Bonjour mon petit homme adoré. Comment vas-tu ce matin ?
Je
crains que tu ne te sois pas couché de la nuit mon pauvre bien-aimé. Il me semble
que
si tu avais pris quelque repos tu serais venu le chercher auprès de moi, me
trompé-jea ? Prends garde,
mon pauvre bien-aimé, de ne pas abuser de tes forces et de ton courage. C’est la
crainte de tous les instants de ma vie. Que deviendrais-jeb, mon Dieu, si tu étais malade
éloigné de moi et ne pouvant pas te donner mes soins ? D’y penser cela me fait mal
dans la tête et au cœur. Je suis sûre que je deviendrais folle de chagrin aussi, mon
pauvre adoré, c’est ce qui me fait tant insister pour que tu ne fatigues pas autant
toutes les nuits. Mon Toto adoré, tu es ma vie, mon bonheur et ma joie. Conserve-toi
à
moi au nom de l’amour le plus tendre et le plus passionné qui existe.
Nous avons
décidément enfoncé le Constitutionnel et le National. Il est malheureux que le soleil et Mlle Rachel
viennent nous arracher les fruits de notre victoire. Après cela ce n’est que partie
remise pour l’automne prochain, voilà tout.
Je désire voir jusqu’à la fin mes
Burgraves si cela se peut cependant et si cela ne te
dérange pas trop, Jeudi prochain, surtout, à cause du
rebouclage de ma pauvre péronnelle pour un mois tout entier. Elle ne s’en lasse pas
plus que moi ce qui prouve qu’elle n’est pas dégoûtée. En attendant, je reste dans
mon
coin attendant avec impatience que tu viennes et te désirant de tout mon amour. Si
tu
peux me faire marcher un peu ce soir tu me feras du bien car mon souper de cette nuit
ne m’a pas réussi tant s’en faut. Je suis malade comme un chien ce matin.
Juliette
a « me trompai-je »
b « deviendrai-je »
« 18 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 41-42], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10884, page consultée le 24 janvier 2026.
18 avril 1843, mardi soir, 6 h. ¼
Mon affreux Toto bien-aimé, qu’est-ce qu’il faut que je vous fasse pour vous
apprendre à vous ficher de moi quotidiennement à tout bout
de champ, à tout propos, à pied et à cheval ? J’ai bien envie de vous flanquer une
pile soignée pour vous faire passer le goût de la
mystification continuelle. En attendant, je me suis estompé
une coiffure dont vous me direz des nouvelles. Mais à quoi cela m’avance-t-il puisque
vous ne venez pas ? Taisez-vous monstre d’homme. Je vous déteste.
Nous verrons
si vous me ferez sortir ce soir. Vous savez que ma pauvre péronnelle n’a pas non plus
d’autre distraction que celle que vous lui donnez. Tâchez donc, pour elle et pour
moi,
de nous faire sortir un peu ce soir. Je vous ferai grâce des boutiques si vous êtes assez gentil pour venir de bonheurbonne heure pour faire le mien le plus tôt possible. Le fait
est que je l’avais orthographiéa la première fois très naïvement. Décidément je suis de
force à entrer à l’Académie par la grande porte. Baisez-moi mon cher petit blagueur
et
pensez à moi qui vous aime malgré vos horribles défauts. Je vous attends autant que
je
vous aime.
Juliette
a « orthographier »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
