« 19 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 135-136], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11411, page consultée le 24 janvier 2026.
19 septembre [1842], lundi matin, 8 h. ¾
Bonjour, monstre de Toto, bonjour affreux scélérat, bonjour, bonjour. Si je vous
tenais je vous en ferais voir de cruelles pour vous apprendre à me planter là comme
un
vieux paquet de linge sâle1.
Votre conduite est belle, n’est-ce pas ? Vous devriez en rougir puisque dans vos
fondements les plus reculés, vous êtes un monstre. Tâchez de me revenir avec vos
douleurs et vous verrez un peu comme je vous soignerai. Comment, vilain scélérat,
vous
vous en allez par un temps à ne pas mettre un chien à la porte, au risque de vous
rendre malade ! Il faut vraiment que la rage de me quitter vous aie tenu bien fort
pour vous faire faire une si grave imprudence sans aucune nécessité. Taisez-vous,
vilain monstre.
Votre équipée ne m’a pas ôté mon mal de tête, bien au contraire,
car je l’ai encore ce matin, d’une force épouvantable. Je compte sur votre prompt
retour pour me le guérir. La dernière fois que vous êtes revenu de la campagne2, cela me l’avait guéri tout de suite comme avec
la main. J’espère, mon amour, mauvais temps à part, que tu auras fait un bon
voyage, et que tu auras trouvé tout ton monde, et ton petit Toto3 en particulier, en bonne santé et heureux. Ma péronnelle
s’en va tantôt4.
J’aurais désiré que tu lui fisses quelques petits bouts de morales dont elle a grand
besoin, mais tu t’es éclipsé au bon moment. Cependant, mon adoré, je te l’avais
demandé comme un service et un service pressé car il n’y a
plus de temps à perdre maintenant pour elle. D’aucune façon, ce sera pour la prochaine
fois, à moins que tu ne t’y refuses absolument, ce qui serait bien malheureux pour
elle et pour moi. Mais tu le ferais, n’est-ce pas mon adoré, tu m’aiderais à faire
une
femme bonne et TRAVAILLEUSE de cette petite péronnelle aigre et nonchalante ? Je
l’espère et je t’en remercie d’avance du fond du cœur.
Je vous écris sur la
dernière feuille de papier qui existe dans mon établissement. C’est à vous, si vous
voulez des gribouillis, à m’en apporter bien vite d’autresa. En attendant, je vous attends et je
vous aime de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette a volontairement rajouté un accent circonflexe à « sale » pour évoquer une prononciation emphatique.
2 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise.
3 François-Victor Hugo se remet d’une grave maladie pulmonaire.
4 Claire Pradier, alors en pension à Saint-Mandé, vient rendre visite régulièrement à sa mère le dimanche.
a « autre ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
