« 18 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 133-134], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11410, page consultée le 24 janvier 2026.
18 septembre [1842], dimanche matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto chéri ; bonjour mon amour bien aimé. Comment vas-tu, comment vont tes yeux adorés ? J’espérais que tu viendrais, ne fût-cea que pour mettre des bottes neuves, et tu n’es pas venu, méchant garçon, pourquoi ça ? Tu t’exposes beaucoup avec tes bottes percées, mon pauvre petit homme. Ça n’est vraiment pas raisonnable de risquer du mal de gorge, d’yeux, d’entrailles et des douleurs rhumatismales en mettant des bottes trouées. Vous êtes un petit bêtab imprudent, voilà tout ce que vous êtes. Le temps est si sombre que c’est à peine si j’y vois assez pour t’écrire. Cela me tourmente de te savoir mal chaussé par cette humidité, vraiment, mon Toto chéri, tu devrais venir pour changer de bottes, un académicien de Santiago n’est pas tenu de marcher dans une poêle à marrons, fut-il paro de Kramer1 et commandeur de l’ordre du Soleil2. Vous vous apercevrez de cette vérité lorsque vous aurez un rhume de bon gendarme qui vous changera le nez en borne fontaine. Je voudrais savoir comment vont tes yeux ce matin. Tu devrais tâcher de me venir voir tout à l’heure, en même temps j’en profiterai pour t’embrasser sur toutes les coutures. Tu le peux si tu le veux, surtout si tu vas à ta répétition comme c’est probable ; mais je n’y compte pas parce que je sais trop bien que tu as perdu ces habitudes EXCENTRIQUES, ce qui ne m’en rend pas plus gaie ni plus heureuse, je t’assure. Parlons d’autre chose. Je vous aime Toto, je vous aime et je vous aime par dessus les bords. Je ne veux pas que vous soyez triste, je ne veux pas que vous soyez souffrant et je veux que nous m’aimiez. Je suis très exigeante, n’est-ce pas, mais c’est comme ça. Je me lasse, à la fin, de mon rôle de brebis galeuse. Je veux prendre celui de hyène. Prenez garde à vous. En attendant, baisez-moi, monstre d’homme, et venez bien vite voir si j’y suis. Baisez-moi encore.
Juliette
1 À élucider.
2 Haute décoration honorifique péruvienne.
a « fusse ».
b « bêtat ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
