« 11 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 123-124], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11405, page consultée le 25 janvier 2026.
11 septembre [1842], dimanche après-midi, 3 h. ½
Pour cette fois, mon cher amour, je ne vous crois que trop bien parti1 à force de craindre. Il
n’est que trop probable que le sujet de mes craintes ne se soit enfin réalisé. Si,
par
un bonheur que je n’ose espérer, mon adoré, tu venais dîner avec moi ce soir, je
serais la plus heureuse des femmes de France, d’Europe et de touta l’univers. Hélas ! Hélas ! Hélas ! C’est
peu probable et je ne me fais pas la moindre illusion sur mon malheur.
Je viens
de donner permission à ma serventre d’aller voir
sa tante jusqu’à six heures comme son dîner est fait. Il n’y a aucun inconvénient
à
cela en supposant la bonne chance de vous avoir à dîner. Je suis destinée à rester
toute la sainte journée seule puisque la mère Pierceau me fait faux bondb. Je n’aurai même pas la consolation de parler de vous. C’est bien
CHESSE pour un dimanche. Vous, ça vous est
égal, vous quittez une pauvre Juju qui vous adore pour des chères petites bonnes gens
que vous aimez. Vous ne vous apercevez pas du vide de mon amour. Mais moi qui n’ai
que
vous au monde, quand vous me manquez, tout me manque. Tâchez, mon cher bien-aimé,
de
ne pas avoir froid ce soir et de ne pas attraper d’humidité. Tu avais mal à la gorge
tantôt, mon pauvre amour, et il ne faudrait qu’un refroidissement pour le rendre
sérieux. Pense à moi, cher bien-aimé, en embrassant tous tes adorables petits enfants
et reviens bien vite auprès de moi qui n’ai de joie que de te voir et de bonheur que
dans toi. Je baise tes quatre petites pattes blanches. Je te désire, je t’attends
et
je t’aime.
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise. Victor Hugo va donc régulièrement les y rejoindre.
a « tous ».
b « bon ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
