« 4 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 113-114], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11400, page consultée le 24 janvier 2026.
4 septembre [1842], dimanche après-midi, 4 h. ¾
Mon cher bien-aimé, vous êtes à Saint-Prix1. Je le sens à la tristesse que j’éprouve ou, si vous n’y êtes
pas encore, vous y serez ce soir, ce qui sera à peu près la même chose pour moi. Mon
pauvre ange GARDIEN à moi, je te remercie malgré ma tristesse présente de la bonne
nuit et de la bonne petite matinée que tu m’as donnée et sur lesquelles je ne comptais
pas car je croyais que tu resterais jusqu’à ce soir à la campagne. Tu m’as surprise
bien agréablement en venant un jour plus tôta que je n’osais l’espérer. Sois béni,
mon adoré, mon Toto bien aimé. Que ton petit garçon revienne bien vite à la santé2, que toute ta ravissante petite famille continue à être
la plus heureuse et la mieux partagée de toutes les autres, que ta goutte ne reparaisse jamais, même en songe, que tu m’aimes un peu et que tu
te laisses aimer par moi de toutes mes forces et de toute mon âme. Voilà, les vœux
que
faitb ta pauvre Juju en pensant à
toi. Si tu es à Saint-Prix, comme ce n’est hélas ! que trop probable, embrasse pour
moi tous les chers petits goistapioux, y compris
les deux pigeons, l’ânesse et l’ânon hargneux et rapporte-moi une fleur du jardin
de
QUASIMODO, comme cela je saurai que tu as un peu pensé à moi et cela me fera du bien
à
mon pauvre cœur.
Que je te voie donner ton avis sur la blancheur plus ou moins
équivoque de mon bonnet et sur la propreté hasardée de la SERVARDE, vilain COCHON, vilain salopc, je t’en ficherai des coups de balai sur
ton dos pour t’apprendre à fourrer ton groin où tu n’en as pas à faire. Viens-y
POLISSON. Je vous ferai des dessins quand vous m’en ferez dent pour dent, œil pour
œil, dit L’ÉCRITURE3. Eh ! bien, moi aussi je dis
pif pour pif, GEULE pour geule, chef d’œuvre
pour chef d’œuvre DONNANT donnant ou rien du tout, voilà mon ULTIMATUM. En voilà du
latin académicien. Mets ça dans ta poche, ça n’est pas du lard et baise-moi tout de
suite.
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise. Victor Hugo va donc régulièrement les y rejoindre.
2 François-Victor Hugo, se remet d’une grave maladie pulmonaire.
3 « L’écriture » désigne la Bble. Juliette cite la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent).
a « plutôt ».
b « fais ».
c « salot ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
