« 9 mars 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 65], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2312, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 9 mars [18]73, dimanche matin, 7 h. 40 m[inutes]
Cher adoré, j’ai répondu avec tout mon cœur au tendre et charmant bonjour que tu
viens de me donner ; et si mon âme avait des ailes visibles tu l’aurais vue s’envoler
vers toi. J’espère que tu as passé une bonne nuit car tu as beaucoup marché hier.
Quant à moi je n’ai pas beaucoup dormi mais ma courbature est beaucoup moins forte
qu’hier soir ; et si le temps le permet je crois que je pourrai recommencer la
promenade d’hier. Il faudrait que ce soit bien impossible pour que je renonçasse au
bonheur de t’accompagner ; mais j’espère que non ; et puis je suis décidée à tout
risquer plutôt que de renoncer à ce cher petit moment d’intimité et d’amour. Si j’ai
assez de jambes, et surtout de reins, tantôt nous pourrons pousser jusqu’à Guernesey
Arm’s et nous informer s’ils ont toujours des voitures disponibles. De cette façon
nous pourrions à la rigueur braver le lumbago quand il se montrerait de trop mauvaise
humeur comme hier. Je dis nous, comme la Gringeole1, quoique il ne soit question que de moi mais je tâche de diminuer
d’autant ma part de goutte en te mettant de moitié dans mon apport. J’espère que cette
générosité te touchera et te flattera ou je ne m’y connais pas. Maintenant je désire
ne pas braver le nez de Vaucour tant que ma
taxe n’est pas réglée et elle ne le sera que vers la fin de cette semaine. Quel
dommage que nous ne puissions pas transporter d’un coup de baguette nos deux maisons
sur les bords de la Méditerranée bien loin des Guernesiais et des Anglais. Cela se
pourrait si tu voulais user de ta puissance de génie en le faisant servir à ce petit
déménagement [à truc ?] En attendant que tu t’y décides je t’adore
comme dans le paradis.
1 À élucider.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
