« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 245-246], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5844, page consultée le 25 janvier 2026.
Mercredi soir, 8 h. 20 m.
Tu as vu, mon cher petit Toto, si j’ai été maussade, et méchante quand je t’ai vu.
Et pourtant, j’avais bien souffert de ton absence, chaque minute d’attente qui
s’écoule tarit ma vie d’un jour, à tel point que je crois que je ne pourrai pas
arriver jusqu’au bout de mon exil, surtout quand il se prolonge comme aujourd’hui.
Eh
bien, malgré toutes les angoisses de l’attente, malgré mon caractère impatient, j’ai
trouvé dans mon amour le courage et la patience, de sorte que tu ne t’aperçois plus
de
ce que j’ai souffert. C’est une fameuse victoire remportéea et dont pour ta
part, je me félicite.
Oui, mon cher petit homme,
j’ai cru mourir cette nuit, et je n’ai pas été effrayée le moins du monde, je pensais
à t’aller retrouver pour ne plus te quitter jamais. Malheureusement, mon voyage a
été
retardé, mais avec l’humeur nomade dont je suis, ce qui est différé n’est pas perdu.
Pauvre ami, tu souffrais beaucoup tout à l’heure. J’ai vraiment la conviction
que tu travailles trop et que tu te fatigues outre mesure. Cette conviction me
tourmente au point d’en alarmerb ma
conscience. Je voudrais trouver un moyen honnête, quel qu’il soit, de t’épargner au
moins la moitié de cette rude tâche. J’ai beau chercher, je ne trouve que celui-ci :
de tout vendre dans la maison et de demeurer dans une petite chambre avec un lit,
si
petit qu’il soit. Ce moyen, je suis toute prête à l’employer. Mais, toi, tu es assez
scrupuleux, c’est-à-dire assez bête, pour ne pas vouloir l’employer, et cependant,
ce
serait le bon moyen d’en finir une bonne fois avec les loyers et les tapissiers qu’il
y a et nous n’aurions plus qu’à nous aimer et à nous le dire.
Juliette
a « remporté ».
b « allarmer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
