« 19 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 50-51], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10083, page consultée le 25 janvier 2026.
19 octobre [1836], mercredi matin, 11 h.
Bonjour vous, si vous croyez que c’est là ce qui rend une
femme heureuse, vous vous trompez. Parlons peu et parlons bien.
Allez-vous venir déjeuner ou bien faut-il encore que ce dernier plaisir me
passe devant le nez comme hier le dîner ?
Je vous préviens qu’en dedans je suis
furieuse et que si vous ne me payez pas bientôt tous mes arriérés avec l’intérêt des intérêts au taux dont
nous parlions hier, je vous casserai sur le dos mes vingt voies
de bois sans compter le fouet du charretier.
En attendant ces affreux
moments, je vous aime de toute mon âme, de toutes mes forces et de tout mon cœur.
Je suis toujours malingre, je ne sais vraiment pas ce que j’ai. Il serait
absurde cependant de faire venir le médecin pour si peu de chose, j’attends encore.
On ne meurt pas pour mal avoir. Et puis je vous aime et
vous êtes mon grand Toto.
Juliette
« 19 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 52-53], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10083, page consultée le 25 janvier 2026.
19 octobre [1836], mercredi soir, 8 h. ¾
Mais mon cher bien-aimé, qu’est-ce que vous voulez que je fasse de ce fouillis de
sentiments qui obstrue ma table ? À quoi voulez-vous que j’emploie cet obélisque de
papier tout chargé d’hiéroglyphesa d’amour mais que vous ne savez pas déchiffrer ?
Si vous étiez moins penaud, si vous vouliez être de
bonne foi avec moi, vous me laisseriez tout simplement allumer mon feu avec. Ce qui
ferait que : ce qui vient de la flûte retourne au tambour1. Ou mieux
encore : ce qui vient de la bouche retourne au coteretb2. Mais je m’aperçoisc que j’ai beaucoup trop d’esprit et qu’il n’en faut pas tant
pour dire : mon cher Toto, vous ne lisez pas mes gribouillis, je vous approuve. Mais
cela encombre ma table et gêne mes mouvements, ce que je désapprouve. Vous aurez donc
la bonté de faire nettoyer la VOIE PUBLIQUE de ma chambre, sinon j’incendie tout.
Vous
m’avez encore promis de venir utilement ce soir, j’ai la
faiblesse d’espérer. Nous verrons comment vous répondrez à cet acte de confiance.
En
attendant je vous baise du haut en bas.
Juliette
1 Ce proverbe signifie : le bien acquis trop rapidement ou par des voies peu honnêtes, se dissipe aussi aisément qu’il a été amassé.
2 Le coteret est un fagot de bois ou un morceau de bois issu du fagot.
a « hyéroglyphes ».
b « cotteret ».
c « apperçois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
