« 5 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 105-106], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1467, page consultée le 25 janvier 2026.
5 septembre [1846], samedi matin, 7 h.
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour et, j’espère, bonheur et joie, car ton fils doit aller de mieux en mieux ? J’attends ma Joséphine avec ce doux espoir qu’elle m’apportera la nouvelle si désirée que ton cher enfant est tout à fait hors de danger. Quel bonheur mon Dieu dans votre maison, d’y penser j’en pleure de joie. Il faudra que tu me donnes pour ma part tout le temps dont tu pourras disposer. Même celui pendant lequel tu travailles car il suffit que je te voie pour être heureuse. Il paraît que nous n’avons aucune séance aujourd’hui ? Cela me vexea horriblement et je trouve très mauvais que sa majesté Louis-Philippe proroge les Chambres sans me consulter. J’ai envie de simuler un petit attentat pour forcer tous ces bons Pairs de France à reprendre leurs places sur leurs chaises…….b curules1. L’idée, pour n’être pas de moi, n’en est pas plus mauvaise et mérite quelque attention. J’y songerai. En attendant, je n’ai pas le plus petit prétexte2 de m’accrocher à votre cher petit bras et de traverser la moitié de Paris, c’est bien chesse. Tâchez au moins de venir travailler de bonne heure, vilain paresseuxc, et puis pensez un peu à moi et baisez-moi bien vite et aimez-moi toujours, je le veux.
Juliette
1 Le siège curule était un des symboles du pouvoir à Rome. Pouvaient s’y asseoir les magistrats et promagistrats romains possédant l’imperium. Par extension, ce terme a désigné par la suite lesdits magistrats. À la fin de l’hiver 1846, Juliette Drouet réalise, à l’attention de Victor Hugo, une sorte d’ébauche du fauteuil des ancêtres, en décorant ce qu’elle appelle sa « chaise curule » dans sa lettre du 23 mars 1846, qu’il placera dans la salle à manger de Hauteville House à Guernesey.
2 On ne sait s’il y a là une allusion à la toge prétexte portée par les magistrats curules, afin de filer la métaphore.
a « vèxe ».
b Il y a sept points de suspension.
c « pâresseux ».
« 5 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 107-108], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1467, page consultée le 25 janvier 2026.
5 septembre [1846], samedi après-midi, 4 h.
Quel bonheur, mon doux adoré, ton fils va de mieux en mieux et bientôt, il ne vous
restera plus, de toutes ces atroces inquiétudes, que la joie de le savoir guéri1. Demain Joséphine ira
pour la dernière fois s’informer de la nuit que ce cher enfant aura passée, après
quoi
il faudra me résigner à n’avoir de ses nouvelles que lorsque tu viendras. Ce sera
bien
long mais enfin j’attendrai, sûre que je serai qu’il n’y a pas de mauvaises chances
possibles. Et puis je dois faire ce sacrifice à la vraisemblance de la sollicitude
de
M. le baron Feutrier.
Je vous
assure, mon Toto, que j’étais très bien de force à aller hier à la séance des auteurs
dramatiques. Je ne sais pas pourquoi vous m’avez privée de ce droit ? Une autre fois
je vous prie de ne pas me fruster dans ma séance. Ah ! mais c’est que je ne plaisante
plus dès qu’il s’agit de mes privilèges. Aujourd’hui j’espère que vous ne vous êtes
pas permis aucune filouterie de ce côté-là ? Oh ! si je croyais cela je suis capable
d’aller me promener sur le mail et d’acheter tout le raisin, y compris les bateaux
et
les bateliers. Taisez-vous, vous voyez bien que je suis en train d’avoir de l’esprit.
Merci, je ne suis pas assez bête pour donner dans ce travers, je n’y suffirais pas
avec vous. J’aime bien mieux boulotter2 dans ma stupidité au jour le jour. C’est moins drôle et
moins ruineux. Baisez-moi cher adoré. Je vous aime avec tout ça et toujours de mieux
en mieux.
Juliette
1 Charles Hugo a contracté la fièvre typhoïde.
2 Terme vieilli : vivoter, aller doucement.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
