« 4 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 101-102], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1466, page consultée le 25 janvier 2026.
4 septembre [1846], vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour mon Toto, bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour, comment a été la nuit ? Ton fils a-t-il été calme et as-tu pris un peu de repos, mon pauvre adoré ? Je ne saurai cela, hélas ! que dans bien longtemps. Encore si j’avais séance aujourd’hui soit à l’Académie, soit à la Chambre des Pairs1, mais je n’ai rien du tout, ce qui constitue à l’avance une journée bien longue et bien triste. Cependant j’espère que tu viendras tantôt travailler auprès de moi. Travailler ! Tu trouves la force, le courage et le temps de travailler au milieu de tant de choses douloureuses, fatigantesa et incessantes C’est à n’y pas croire si je ne le voyais pas tous les jours sous mes yeux. Aussi je tremble autant que je t’admire car il me semble impossible que, quelles que soient tes forces, elles suffisent jamais à tout ce que tu fais. Mon Victor bien-aimé, mon cher adoré, j’espère que ton cher enfant va de mieux en mieux et que tu es délivré de l’affreuse inquiétude de le savoir en danger. C’est un supplice bien grand pour moi d’être obligée d’attendre à tantôt pour en être sûre. D’ici là je ne pense qu’à toi et je t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Victor Hugo a été nommé Pair de France le 13 avril 1845 et il a été élu à l’Académie française le 7 janvier 1841. À l’occasion des séances, Juliette Drouet va à la rencontre de Victor Hugo, ce qu’elle appelle fréquemment leurs rendez-vous.
a « fatiguantes ».
« 4 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 103-104], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1466, page consultée le 25 janvier 2026.
4 septembre [1846], vendredi après-midi, 3 h. ¼
Avec quel bonheur j’ai appris que ton cher enfant allait mieux, mon bien-aimé1.
J’en ai embrassé de joie la pauvre Joséphine
à laquelle je ne prodigue pas ordinairement ce genre de faveur. J’espérais que cette bonne nouvelle t’aurait fait venir plus tôt mais
je vois que je me suis trompée. Maintenant, chaque minute qui s’écoule est un
véritable retard qui, sans m’inquiéter positivement, me
donne à penser et me fait craindre je ne sais quoi qui me fait trouver la vie bien
triste et bien ennuyeusea. Pauvre
adoré, je n’ai pas oublié le pieux et douloureux anniversaire d’aujourd’hui2 et dès ce matin
je priais le bon Dieu qu’il en adoucisse l’amertume en rendant tout de suite la santé
à votre bien-aimé Charlot. Hélas ! quand
viendra mon tour je n’aurai rien à demander et à recevoir du bon Dieu de ce
côté-là3………..b
Cher bien-aimé, tu tardes bien à venir. Est-ce qu’il serait survenu quelque
chose de fâcheux ? J’ai ma pauvre tête si malade depuis quelques jours que toute
pensée triste m’exaspère et me rend presque folle. Je voudrais ne plus penser pour
ne
plus sentir mais cela m’est impossible, il faudrait pour cela que je ne t’aime plus
ou
que je ne vive plus.
Juliette
1 Charles Hugo a la fièvre typhoïde.
2 Léopoldine Hugo, fille d’Adèle et de Victor Hugo, s’est noyée avec son mari Charles Vacquerie le 4 septembre 1843 à Caudebec, près de Villequier, lors d’une promenade en bateau.
3 Souvenir de la récente mort de sa fille Claire.
a « ennuieuse ».
b Les dix points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
