« 1 janvier 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 1-2], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1839, page consultée le 06 août 2026.
Paris, 1er janvier 1877, lundi soir, 6 h. ¾
Cher adoré, divin bien-aimé, à défaut de temps pour t’écrire et dans l’impossibilité
de te parler à cœur que veux-tu, je te crie à travers l’espace que je t’aime, que
je t’admire, que
je te vénère, que tu n’as jamais été plus grand, plus sublime et plus Dieu que maintenant
et que je sens battre en moi le grand cœur de l’humanité qui te bénit et qui t’adore.
Ne te
figure pas que tu as écrit à toi tout seul la lettre étoilée que j’ai reçue ce matin,
car je suis sûre que c’est sous la dictée de mon âme éperdue d’amour que tu l’as rédigée1. Si tu savais combien je t’aime tu comprendrais que j’ai toutes les audaces, même
celle d’égaler mon amour à ton génie.
Pardonne-moi cette outrecuidance qui a sa raison d’être, sinon sur la terre mais au
ciel où sont les grands amours et les grands génies. Je suis si pressée par le temps
et par les
visites qui se succèdent et les cartes qui s’amoncellent autour de moi que je dois
te faire l’effet d’une pauvre folle qui ne sait plus ce qu’elle dit. Eh bien tu te
tromperais, car je
n’ai jamais senti mieux qu’aujourd’hui combien tu es au-dessus [de] tous les autres hommes et combien mon amour est digne de toi. Les mots peuvent trébucher
mais le
cœur reste ferme et droit. Je te répète que jamais homme ne t’a dépassé ni même égalé
depuis que les hommes existent ; et je suis sûre, aussi, que jamais femme n’a aimé
comme je
t’aime.
J’ai reçu les bonnes nouvelles de Mme Charles et qui seront meilleures encore, je l’espère, d’heure en
heure jusqu’à parfaite guérison que je lui souhaite de toutes les forces de mon âme.
Je baise l’ombre de tes ailes en attendant que je puisse baiser tes pieds adorés.
1 La voici (éditée par Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 309) :
« 31 décembre — 1877.
Chère bien-aimée, c’est tout mon cœur que je t’envoie. Une année de plus, c’est
une augmentation d’âge, c’est aussi une augmentation d’amour. Nous approchons de plus
en plus des grandes certitudes du ciel. Là toute la lumière de l’âme est visible,
et tout ce qui
est ombre terrestre s’efface. Je sens que nos anges ont les yeux fixés sur nous. Je
mêle donc, ma bien-aimée, aux félicités du passé les félicités de l’avenir, car la
mort n’est qu’une
vie plus haute.
Aimons-nous. Je te bénis. J’espère dans l’année qui s’ouvre et en songeant à toi,
mon vieux cœur est plus jeune que jamais.
Sois heureuse, aimée et bénie ! Je
baise tes pieds. »
Enveloppe adressée à « ma dame ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.
- 26 févrierNouvelle Série de la Légende des Siècles.
- 3 avrilAlice, veuve de Charles Hugo, épouse le journaliste Édouard Lockroy.
- 14 maiL’Art d’être grand-père.
- 27 juinVisite à Saint-Mandé, sur la tombe de Claire pour elle, à sa fille en maison de santé pour lui.
- 1er octobreHistoire d’un crime (tome I).
