« 21 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 306-307], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12204, page consultée le 23 janvier 2026.
21 septembre [1845], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, bien-aimé, bonjour, adoré petit Toto, bonjour, je suis contente, je vais te voir tout à l’heure. Hier je ne l’espérais pas du tout. Je pensais que tu m’avais fait cette promesse pour me faire prendre patience et voilà tout. Aussi je m’étais couchée fort maussadement et endormie de même lorsque tu es venu me surprendre. Seulement je regrette toujours que tu ne me donnes pas le temps de me réveiller. Cependant je n’ai pas d’autres occasionsa de te voir que celles-là et Dieu sait si je soupire après. Une autre fois il ne faudra pas t’en aller que je ne sois parfaitement réveillée. Tu sais que ma fillette devait aller chez M. Dumouchel ce matin mais comme le guignon ne nous quitte jamais, nous avons reçu une lettre du susdit ce matin qui nous mande que sa femme est accouchée et qu’il ne pourra pas recevoir Claire. L’ennuyeux de tout cela, c’est que rien n’avance et que je dérange cette pauvre Eulalie à qui je paie des omnibus pour rien. Les voici justement qui reviennent de la messe. Je vais les faire déjeuner tout de suite afin de renvoyer ..........b
11 h. ¼ du soir
Cher adoré, j’ai été interrompue à cet endroit de mon gribouillis par ta ravissante petite personne. Depuis je n’ai pas eu une minute pour le finir. Maintenant que je suis seule, je me hâte de venir te baiser et te dire que tu es mon Victor bien-aimé que je baise et que j’adore.
Juliette
a « d’autre occasions ».
b Dix points courent jusqu’au bout de la ligne.
« 21 septembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 308-309], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12204, page consultée le 23 janvier 2026.
21 septembre [1845], dimanche soir, 11 h. ½
Bonsoir, Toto, bonsoir, mon cher petit o, j’espère que vous êtes couché et endormi depuis longtemps ? Les
baigneuses sont rentrées depuis longtemps
et je ne sachea
pas que vous ayez des somnambules dans votre voisinage. Dormez donc, mon
cher petit bien-aimé, et prenez garde aux rêves que vous ferez, car je
vous préviens que je suis jalouse, même des rêves. Mon Toto chéri,
bonsoir, je regarde mon pauvre lit vide en soupirant avec regret et je
me dis qu’autrefois vous ne l’auriez pas laissé avec cette impertinente
confiance. Hélas ! autrefois, autre Toto ! Quant à moi, j’ai eu la bêtise de
ne pas changer de système et de vous adorer comme le premier jour, c’est
fort bête mais cela est ainsi. Si jamais je reprends mon cœur de vos
griffes, je sais bien ce que j’en ferai. En attendant, puisqu’il y est,
qu’il y reste. Tâchez seulement de ne pas trop le faire souffrir.
Je t’écris bien tard, mon Toto, parce que mon monde est parti à 10 h. ½.
Il m’a fallu me déshabiller et compter la dépense, ce qui m’a menée
jusqu’à l’heure où je t’écris. Mais toi, mon petit homme chéri, tu dois
être endormi depuis longtemps à moins que la férocité de tes matelas ne
s’y oppose ? Si tu avais voulu, je t’aurais prêté les miens et moi
par-dessus le marché. Il me semble que cela aurait mieux valu que les
espèces de têtes de clous sur lesquellesb tu couches. Enfin tu ne l’as pas voulu
puisque tu leur as donné la préférence et ma dignité me dit que je ne dois pas insister sur cet objet, ce
qui fait que je te souhaite le bonsoir tout bonnement, avec des millions
de baisers.
Juliette
a « je ne saches ».
b « sur lesquels ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
