22 juillet 1853

« 22 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 222-223], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e982, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour mon grand bien-aimé, bonjour. Dormez pendant que j’attends que le soleil se lève pour prendre mon bain. Quant à vous, mon cher petit frileux, vous pouvez choisir vos heures grâce à votre facilité digestive, à vos cheveux courts et à bien autre chose et le RESTE1. Quant à moi, c’est différent, je suis l’esclave de mon estomac et de mes préjugés domestiques. Aussi, je ne me baigne qu’à de certaines heures matinales. Je guette le premier rayon de soleil avec impatience pour pouvoir faire ma coupe. Jusqu’à présent il n’en aa point encore paru. Tout cela n’est pas bien intéressant à dire et encore moins à écrire. Aussi, je suis honteuse de la pensée que tu liras toutes ces platitudes, et pourtant ce n’est pas de ma faute. Décidemment les restitus ne sont tolérables que lorsqu’ils sont verts. Ceux de l’automne ne sont plus que des feuilles mortes qui attristent le cœur et découragentb l’amour. Taisez-vous ou dormez. Pendant que j’y suis, mon adoré bien-aimé, je te dirai que tu n’as rien à craindre des suites de la visite de ces deux jeunes filles2. Je crois au contraire qu’il est moralement hygiénique de mêler de temps en temps à sa vie contemplative un peu d’air extérieur qui facilite la respiration de l’âme, comme l’azote à l’oxygènec pour les poumons (quelle érudition !!!). Aussi, loin de redouter pour moi la compagnie accidentelle de ces deux charmantes créatures, je t’assure qu’elle ne peut avoir qu’un bon effet en supposant qu’elles viennent, ce qui n’est rien moins que sûr. Maintenant, mon adoré, je n’aurai aucun regret sérieux si elles ne viennent pas parce que tout mon bonheur est en toi comme tout mon cœur est à toi.

Juliette


Notes

1  Le « reste », c’est ce qu’elle n’ose nommer (en l’occurrence l’intérêt que Hugo porte aux autres femmes).

2  Ces deux jeunes filles : à élucider.

Notes manuscriptologiques

a « n’en n’a ».

b « décourage ».

c « oxigène ».


« 22 juillet 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 224-225], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d12445e982, page consultée le 01 mai 2026.

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Dans l’espérance que tu viendras de bonne heure aujourd’hui, mon bon petit homme, je me hâte de t’improviser ce second gribouillis. Pourvu que cette précaution ne me porte pas malheur ? C’est qu’en général je suis toujours la dupe de ma prévoyance. Cette fois encore, il est probable que tu iras remercier Téléki pendant que je t’attendrai à la maison. Eh bien ! telle est ma bonasseriea que je supporterai ma GUIGNE avec résignation et sans vous en vouloir le moins du monde. Voilà mon INCOMMENSURABILITÉ. Il est vrai que vous m’avez donné votre casquette en guise d’os à ronger en vous attendant. Mais cette pâture ne me suffit pas, tant s’en faut, et un bon luncheon ne me ferait pas peur par-dessus le marché. Voici bientôt l’année écoulée et je n’en auraib même pas mis un pauvre petit sous la dent. Ce n’est pas tout à fait votre faute, mais convenez qu’au fond de votre âme scélérate de Toto, vous n’êtes pas fâché d’être dispensé de tenir vos innombrables promesses. Mais vous avez beau faire, je vous aimerai jusqu’à ce que mort s’en suive. Après moi, la miss Blak. Une Juju de moins. Deux cocottes de retrouvées. Cela n’est pas plus malin que cela et il faudrait n’être plus Toto pour l’ignorer. Ceci admis, compris et prouvé, je vous baise in vitam aeternamc.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « bonnasserie ».

b « n’en n’aurai ».

c « vitam eternam ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.