« 20 septembre 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/86], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12530, page consultée le 26 janvier 2026.
20 septembre [1848], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour, Toto, bonjour, mon cher petit o, bonjour qu’on vous dit et avec l’onglée aux pieds et aux mains. Il fait déjà un froid de chien dans ce petit rez-de-chaussée au nord. Aussi, il faudrait bien des réductions de prix et d’aménagements pour me décider à en reprendre un dans les mêmes conditions de BÉRÉSINA. D’abord, on y dépense trop de bois et on y gèle trop fort. Le sort en est jeté, mon amour adoré, j’aurai un lit en chêne d’ici à un mois avec tes chères petites armoiries en tête, moins le manteau de pair et le cimier, et la devise, hélas ! moins la tête et le cœur. Mais il n’y aurait pas eu moyen de les faire exécuter pour le prix entièrement. Il a fallu simplifier et ne faire absolument que l’écu et la couronne. Enfin, tout incomplètes qu’elles seront, ce n’en seront pas moins tes armoiries, c’est-à-dire le signe visible de ta noblesse et de ta distinction. Mais cela est bien mieux écrit sur votre grand front que sur votre couronne. Tu n’es pas seulement noble par le blason, tu l’es par le génie ; et le plus noble et le plus grand et le plus sublime entre tous ceux qui ont ceint la couronne de rois et d’empereurs. J’ai bien de la peine à exprimer ce que je sens, mais je sais que tu es pour moi la réalisation de tout ce qu’il y a de plus beau, de plus noble, de plus doux, de plus généreux, de plus grand et de plus sublime. Voilà tout. Baise-moi. Je t’adore.
Juliette
« 20 septembre 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/87], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12530, page consultée le 26 janvier 2026.
20 septembre [1848], mercredi soir, 6 h.
Je te remercie encore, mon aimable et bien doux adoré, de ta bonne surprise. Je ne m’y attendais pas et j’en ai été doublement heureuse. Tout ce qui est une marque d’affection de toi me touche et me transporte de joie. Merci, mon Victor, merci avec des larmes de bonheur ; merci. Tu es bien mon grand et sublime, Victor par la tête et par le cœur. Je t’aime avec la tendresse d’une mère, le dévouement jaloux d’une amante et le respectueux culte d’une dévote pour son Dieu. Je voudrais te porter dans mes bras, je voudrais ne pas détachera ma bouche de la tienne et mes yeux de tes yeux. Je voudrais passer ma vie à tes pieds en t’admirant et en te bénissant. J’espère qu’il n’y aura pas de nouveaux troubles. Je n’ai rien vu d’alarmant en revenant tantôt, mais cela ne prouve pas grand-chose avec les cerveaux brûlés parisiens. Cependant, j’espère que tu n’auras pas le bonheur de voir la France tomber d’un [CENTIÈME ?] et je n’en suis pas au désespoir. J’avoue que j’aime mieux que tout se passe tranquillement et sans la moindre petite écrabouillade. Je prie le bon Dieu pour cela et je t’aime à feu et à sang.
Juliette
a « détache ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
