« 21 septembre 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/88], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12531, page consultée le 26 janvier 2026.
21 septembre [1848], jeudi matin, 8 h.
Bonjour, mon charmant petit homme, je n’aurai probablement pas le même bonheur aujourd’hui qu’hier ? Ce n’est pas tous les jours fête pour la pauvre Juju et ce n’est pas pour elle que la semaine des quatre mercredis a été inventée. Aussi, je tâche de prendre mon parti courageusement et de faire bonne mine à mauvais jeu. Pour cela, je me souviens de la douce et charmante surprise que tu m’as faite hier de toi-même, et je me dis que puisque tu m’aimes je suis heureuse et que je n’ai pas le droit de me plaindre ni de Dieu ni des hommes ni de la SAINTE RÉPUBLIQUE. Cependant, je ne serais pas extrêmement vexée si je pouvais lui tirer le nez tout bonnement et lui faire la figue sans manquer à son imposante majesté. En attendant, je bisque, je rage devant son affreuse statue et je lui fais énormément de cornes pour lui apprendre à mettre son rideau à l’envers sous prétexte de costume historique et Théâtre-Français. Ne fais pas attention si je suis plus butéea encore que de coutume, c’est que j’ai très froid et beaucoup trop mal à la tête, et que je me plains comme je peux, ne pouvant pas me venger cruellement. Heureusement que je te verrai tantôt et que ta présence guérira tous mes mots et tous mes mals. D’ici là je t’adore au [vis ?].
Juliette
a « buté ».
« 21 septembre 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/89], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12531, page consultée le 26 janvier 2026.
21 septembre [1848], jeudi soir, 8 h.
Comme vous vous en donnez dans ce moment-ci, affreux Tragaldabas1, comme vous vous emplissez de porc auxa choux et autres bonnes cochonneries du même genre. Comme vous ne payez pas à moi, comme vous êtes heureux et comme je vous approuverais si j’étais de cette goinfrerie extra-muros. Mais comme je n’en suis pas, je vous trouve ignoble et immonde, et je vous voue à l’indignation des vertueux CRÉTINS écarlates qui ne se nourrissent que d’arlequins français et ne s’abreuvent que de petits-pères-noirs passés au bleu foncé. Maintenant, taisez-vous homme sensuel, et pair de France, taisez-vous vicomte, aristocrate, taisez-vous malhonnête et videz votre bouche. Quant à moi, je broute à même une migraine qui me sort par tous les pores et qui serait capable de me donner le mal de mer si j’en étais capable et si les plus dégoûtants calemboursb pouvaient me tourner sur le cœur. Je vais me coucher en priant le Dieu goinfre de vous protéger et de vous donner autant de bonnes digestions que de bons plats.
Juliette
1 Titre d’une pièce d’Auguste Vacquerie créée le 25 juillet précédent à la Porte-Saint-Martin.
a « porc-aux ».
b « calembourgs ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
