23 juillet 1855

« 23 juillet 1855 » [source : BNF, MSS, NAF 16376, f. 289-290], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7150, page consultée le 25 janvier 2026.

Cher adoré, je passe ma vie à penser à toi et à t’aimer, c’est ce qui fait qu’il me reste si peu de temps pour te le dire. Mais si tu pouvais voir les longs et ravissants poèmes de baisers, de tendresse et d’admiration que je contea en ton honneur dans le fond de mon âme, tu ne regretterais pas les insipides gribouillis que je te tire de mon encrier. AUTREFOIS j’avais la naïveté des enfants gourmands qui mangent la pelure de la pomme qu’ils viennent de croquer et que je faisais remâcher sous forme de restitus, le souvenir de nos ineffables voluptés de tous les jours. Mais il y a si longtemps que notre dernier trognon de bonheur est digéré que je n’ai plus rien à te mettre sous la dent que mon vieux et coriace amour, ce qui n’est guère appétissant, conviens-en. Voilà pourquoi, mon trop bien-aimé, je ne trouve plus matière, ni prétexte à gribouillis tandis que j’en trouve toujours dans mon fond intérieur pour t’adorer de tout mon cœur. Cependant, je suis bien heureuse chaque fois que j’ai l’occasion de placer le mot sacramentel de toute ma vie : JE T’AIME. Aussi c’est une grande privation pour moi quand je m’interdis par devoirs domestiques ou par raison, hélas ! de ne pas t’écrire ces sept lettres cabalistiques qui me contiennent tout entière : JE T’AIME. Aujourd’hui, je m’en donne à cœur joie pour les trois jours de jeûne que je viens de passer. Merci, mon divin adoré, pour l’adorable petite lettre que tu m’as écrite le jour de ta fête chérie ; merci pour les paroles de rédemption que tu m’as dites hier ; merci, mon Christ sublime, merci, mon Dieu vivant, merci. Si l’amour purifie, je suis sainte entre les plus saintes, car jamais homme ni Dieu n’a été plus aimé sur la terre et dans le ciel que toi par moi.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « compte ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.