« 4 avril 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 91], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4463, page consultée le 27 janvier 2026.
Paris, 4 avril [18]78, jeudi matin, 8 h.
Cher bien-aimé, je remplace ce matin la noce de la jeune Parfaite1 par un bain dont j’ai grand besoin car je me sens fatiguée au-delà de mes forces et j’espère qu’une bonne trempée me reposera et me fera du bien. Autre chose encore, mon grand petit homme, si tu le permets, c’est de te faire penser à écrire à ton cher Paul Meurice que tu veux aller à la première représentation2 pour lui rendre à ton tour tous les bravos qu’il t’a donnés. Je te demande pardon de mon outrecuidance dont tu n’as que faire mais je profite de l’occasion pour te gratouiller, hors de tour, quelques bonnes tendresses qui débondent mon cœur. Si j’outrepasse mon droit tant pis et j’apporte ma tête. Il faut que je sois hors de service comme je le suis ce matin pour ne pas t’accompagner au moins jusqu’au temple des jeunes mariés. C’est un grand crève-cœur pour moi mais je sens que je ferais une imprudence si je cédais au besoin que j’ai d’être avec toi partout et toujours.
1 Marie Léonie Parfait (1850-1910), fille de Noël Parfait. Victor Hugo est témoin à son mariage.
2 Création de La Brésilienne, le 9 avril au Théâtre de l’Ambigu-Comique.
« 4 avril 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 92], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4463, page consultée le 27 janvier 2026.
Paris, 4 avril [18]78, jeudi soir, 5 h.
Pendant que tu noçais, mon cher petit homme, je recevais de Monselet un magnifique bouquet de petites roses de Nice sans autre explication que le récépissé du chemin de fer. Tout en regrettant de ne t’avoir pas accompagné à la noce je m’approuve d’avoir su résister à la tentation tant je suis patraque et harassée. À force de vouloir guérir des courbatures successives par des fatigues réitérées il arrivera un jour où je ne pourrai plus me lever ni m’en relever. En attendant je geins, je souffre et je rabâche. J’espère que le ménage Lockroy dîne ce soir et je suis sûre que les enfants nous resteronta dans tous les cas. Robelin est venu chercher le second volume de l’HISTOIRE D’UN CRIME que tu lui as promis, paraît-il. Si tu penses à le mettre de côté on pourra le lui donner mardi prochain. Tu oublies que je tiens toujours à ta disposition le papier que tu désires modifier. Ce que je t’en dis n’est que pour t’obéir et parce que je crains de le confondre avec d’autres papiers auxquels tu ne tiens pas. Aussi dès que tu le voudras je le serrerai dans une boîte AD HOC qui ferme à clef. En attendant je t’ouvre mon cœur à deux battants.
a « resterons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
