« 3 mars 1851 » [source : MVHP, MS a8519], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16541e226, page consultée le 01 mai 2026.
3 mars [1851], lundi matin 8 h. ½
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, je t’aime. Ce thème trop connu de toi a pour moi tout le charme de la nouveauté et il me semble que je m’en sers pour la première fois. Cependant, je sens qu’il faudrait y introduire quelques piquantes variétés pour te le faire écouter sans impatience et sans ennui, mais les moyens me manquent et je ne peux que recommencer toujours la même chose et sur le même ton. Après cela, tu as la ressource de ne pas lire ces gribouillis et tu abuses de la faculté de te tenir à distance pour ne pas entendre mon éternelle ritournelle. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Maintenant, tu ne viens le dimanche qu’après six heures pour t’en aller avant sept. Déjà j’avais renoncé à aller à Sablonville1 le dimanche pour ne pas perdre le temps de ton retour. Maintenant, il faudra que je m’abstienne de voir personne parce que cela te donne le prétexte de dire que tu as besoin de lire et de travailler quand je fais faire du feu exprès dans deux pièces à l’intention de t’isoler des personnes qui sont chez moi. Mais tu es tellement heureux d’avoir l’ombre d’une raison pour me quitter plus vite que tu ne t’aperçois pas de la féroce absurdité avec laquelle tu me la donnesa cette ombre de raison. Quant à moi qui ai conservé mon idée fixe entière, je la poursuis d’autant plus que tu fais tout ton possible pour m’en distraire par une persévérante et cruelle indifférence. Mais tu as beau faire et beau dire, je t’aimerai jusqu’à la fin de mes jours et j’useraib de tous les moyens pour te forcer à me voir.
1 Chez les Montferrier.
a « donne ».
b « j’esseirai ».
« 3 mars 1851 » [source : MVHP, MS a8520], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d16541e226, page consultée le 01 mai 2026.
3 mars [1851], lundi matin 11 h.
Tu veux que je sois prête à midi ½, mon petit homme, je t’obéirai quoique cela me soit assez difficile avec tout ce que j’ai à faire le matin. Si c’était accidentellement que je doive être prête à sortir à des heures aussi matinales, cela se pourrait très certainement, mais comme cela se renouvelle tous les jours sans grand résultat, hélas ! il s’ensuita que j’ai une foule de choses arriérées à faire et qui me gênent quelquefoisb. Aujourd’hui, j’aurais bien des choses à raccommoder qu’il faut que je laisse parce que je veux être prête pour l’heure que tu m’as ditec. Le soir, j’ai les yeux trop fatigués pour coudre et puis je suis un peu lasse de la course quand je l’ai faite. D’ailleurs, il est probable que je ne te verrai pas ce soir si tu vas directement dîner chez Arago ? Dans ce cas-là, j’irai chez mes vieux amis qui ne m’ont donné aucun signe de vie depuis huit jours1, ce que j’attribue à une sorte de bouderie affectueuse. Mais dans tous les cas, il est impossible, soit que je reste chez moi ou que je sorte le soir, de faire l’espèce de besogne que je fais dans la matinée. Et puis comme tout cela t’intéresse et quel plaisir ces confidences doivent te causer. En vérité, je ferais mieux d’économiser le papier de l’Assemblée que d’écrire de pareilles billevesées. J’en ai une quasi honte, ce qui fait que je me dépêche de terminer ce gribouillis par la formule sacramentelle : mon Victor, je t’adore.
Juliette
1 Les Montferrier.
a « s’en suit ».
b « quelques fois ».
c « dites ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
