« 6 septembre 1847 » [source : MVH, α 8994], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4112, page consultée le 24 janvier 2026.
6 septembre [1847], lundi matin, 7 h. ¾
Bonjour, mon Toto, bonjour, mes deux Toto, comment allez-vous aujourd’hui ? Je veux
que vous alliez bien. Plus fort, très fort, encore plus fort. Je n’ai pas besoin d’être poursuivie par des inquiétudes sans fin à votre
sujet à tous. J’aime mieux vous aimer du matin au soir et du soir au matin, c’est
plus
dans mes moyens.
Je vous conseille de vous moquer de mes plumes. Quand vous en
taillerez de pareilles, vous m’en direz des nouvelles. Des plumes qui sont comme de
la
crème, on n’ose pas s’en servir tant elles sont bonnes. Il faut évidemment que vous
soyez en proie à la plus hideuse envie pour ne pas en convenir. Quant à moi, je vous
pardonne généreusement et je me fiche de vous.
Je suis obligée d’attendre à plus
tard pour avoir de vos chères nouvelles à cause de l’impossibilité qu’il y a le vrai matin à se faire entendre des domestiques, qui d’ailleurs
sont occupés au dehors pour les provisions et les besoins de la maison. Cela ne fait
pas le compte de mon impatience, mais j’espère que je ne perdrai pas pour attendre
et
que ma vieille Joséphine m’apportera
d’excellentes nouvelles de vous tous.
Cher petit
taquin, méchant homme, pair de France que vous êtes, vous ne vous lasserez donc jamais
de me faire souffrir et de me retourner Fouyou dans mon jardin ? Vous voyez que je me défends courageusement
contre vos hideuses tentatives et je ne comprends pas que vous n’y renonciez pas de
vous-même et gracieusement. Ce serait bien CHETIF si ce n’était pas si féroce.
Taisez-vous, vous me faites de la peine.
Juliette
« 6 septembre 1847 » [source : MVH, α 8995], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4112, page consultée le 24 janvier 2026.
6 septembre [1847], lundi après-midi, 1 h. ¾
Je suis heureuse, mes Toto bien-aimés, vous allez bien, vous avez faim et il ne faut
rien moins quea du bœuf entier à mettre sous votre dent canine. Ce bulletin de votre santé est
bien rassurant, aussi je suis très contente de vous tous car je sais que la maman
aussi va très bien1.
Et pour peu que vous veniez tout de suite, vous le grand Toto, je n’aurai plus rien
à
désirer. Malheureusement ce n’est guère probable, ce qui laissera ma joie très
incomplèteb.
Pourtant
j’ai une musique enragée qui me poursuit depuis une heure, sous prétexte des prix
donnés par le sieur Lagarrigue DE CALVI2. Cela me serait indifférent si je
n’avais pas très mal à la tête, mais dans ce moment je goûte très peu le charivari.
Cependant je me dispose à TRAVAILLER3. Je ne veux pas abuser
plus longtemps de votre patience. Je sais bien que ma COLLABORATION vous fait faute
et
j’ai la délicatesse de ne pas vous la faire attendre davantage. Ce n’est pas une
raison parce que je vous suis indispensable pour vous le faire sentir
immodérémentc. La vraie
générosité consiste au contraire à ne pas faire valoir ses services. Voime, voime, mon Toto, vous voyez que je suis dans
de bons principes, que ceci vous serve d’exemple. En attendant, baisez-moi et
aimez-moi, vous ne me baiserez jamais autant que je le désire et vous ne m’aimerez
jamais autant que je vous aime.
Juliette
1 Adèle Hugo a sans doute présenté des signes inquiétants de la typhoïde qui se déclarera chez elle début octobre.
2 Juliette a dû assister à la distribution des prix de l’institution Joseph Lagarrigue de Calvi, sise rue Saint-Gervais, au Marais. Elle faisait allusion au « maître d’école Lagarrigue » dans une lettre du 13 mai précédent.
3 À la demande de Victor, Juliette va rédiger pendant les deux jours suivants ses souvenirs de pensionnaire du couvent des Dames Saint-Michel. Avec un texte demandé en parallèle à Léonie Biard, ce sera l’une des sources du couvent du Petit-Picpus des Misérables.
a Au sens de « rien de moins que ».
b « incomplette ».
c « immodéremment ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
