« 4 novembre 1846 » [source : MVH, α 7812], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1299, page consultée le 24 janvier 2026.
4 novembre [1846], mercredi matin 9 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon pauvre petit bien-aimé, bonjour je t’aime. J’ai le
cœur tout gros ce matin en pensant à ton voyage1. Pourvu qu’il ne t’arrive rien et
qu’on ne [te] retienne pas plus longtemps que tu ne crois. Je vais
vivre dans cette anxiété-là tout le temps de ton absence. Tu vois que ce ne sera pas
pour me faire trouver le temps moins long ni moins ennuyeux. J’espère que tu ne
partiras pas sans venir m’embrasser, j’en suis sûre même car
je sais combien tu es bon, et tu sais, toi, qu’il n’y a qu’un baiser de toi et la
promesse de ton prompt retour qui puissent me donner la patience et le courage de
t’attendre.
Si tu le permets, mon Victor, je profiterai du beau temps et de ton
absence pour faire une visite au curé. Cette visite est devenue pressante à cause
de
toutes les bontés dont il n’a cessé de me donner des preuves dans cette douloureuse
circonstance. Si tu le penses comme moi j’irai tantôt ou demain si tu l’aimes mieux.
Cher adoré, mon Victor bien-aimé, sois prudent, ne te penche pas hors des wagons
comme tu fais toujours et ne regardez pas les jambes des… faumes qui montent et qui descendent et encore moins
leur nez si vous ne voulez pas que votre absence ne soit encore plus pénible qu’elle
ne me l’est déjà. Je vous en supplie,
Juliette
1 D’après Massin, Hugo se rend le 4 et le 5 novembre à Vert-le-Grand où son fils Charles, en convalescence, et son frère sont en pension dans la famille Georges. Juliette le croit à Orléans. Où est-il vraiment allé ?
« 4 novembre 1846 » [source : MVH, α 7813], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1299, page consultée le 24 janvier 2026.
4 novembre [1846], mercredi soir 9 h. ½
J’espère que tu es arrivé à Orléans sans encombre d’aucune sorte, mon doux bien-aimé,
et que rien ne s’opposera à ce que tu tiennes ta parole demain de dix heures à midi.
J’y compte plus que je ne puis dire et je me fais du courage et de la patience avec
cette douce pensée.
Mon adoré, je suis allée pour voir M. le curé ainsi que j’en
étais convenue avec toi. Je ne l’ai pas trouvé, il n’est chez lui que le matin, à
l’exception du lundi qu’il passe entièrement chez lui. De là, je suis allée chez Mme Marre. Je ne
peux pas te dire le mal que m’a fait la vue de cette maison. Mes jambes tremblaient
sous moi et mon pauvre cœur suffoquait. La pénible station que j’avais faite un moment
auparavant au cimetière ne m’avait pas fait la moitié du mal que j’ai éprouvé là en
revoyant cette maison. Mme Marre a été parfaitement bonne
et convenable mais l’horreur que j’ai de cette maison est au-dessus de tout
raisonnement. Je ne m’explique pas ce sentiment, je le subis et j’en souffre
horriblement, voilà tout. Je suis rentrée chez moi à 6 h. J’ai dîné en toute hâte
et
je suis ressortie avec Suzanne pour me
soustraire aux tristes émotions de la journée et à l’odieuse influence de ton absence
en même temps. Je suis allée jusqu’à la Madeleine pour ma lampe. Après maintes
explications j’ai consenti à laisser adapter un nouveau système à ma lampe. Ce système ne consumera que pour 7 centimes de gaz par
heure disent-ils, et n’aura plus aucun des inconvénients
connus. Ce que voyant, et n’ayant d’ailleurs pas le choix, j’ai consenti à la chose
moyennant [somme illisible] F. Dieu veuille que ce ne soit
pas un nouvel attrape-nigauda et que je ne regrette pas mes [somme
illisible] F. jusqu’à la fin de mes jours. Chemin faisant j’ai trouvé un pot
chinois pareil à celui que tu m’as donné et je l’ai acheté très bon marché, ce qui
fait une garniture de cheminée très jolie pour très peu d’argent. Si j’ai mal fait
tu
ne me gronderas pas, au contraire tu m’embrasseras pour la peine, n’est-ce pas mon
adoré ? Bonsoir mon Victor. Je te baise et je t’adore de toutes mes forces.
Juliette
a « attrappe-nigaud ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
