« 10 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 33-34], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11536, page consultée le 24 janvier 2026.
10 novembre, vendredi matin neuf heures un quart
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon ravissant, mon adoré petit homme,
bonjour, bonjour. Vas-tu bien ce matin mon cher petit ? Tu n’as pas eu froid cette
nuit ? C’esta un soin qu’il faudrait
que tu aies et ne pas oublier de donner l’ordre à tes domestiques de te faire du feu
dans ta chambre le soir avant qu’elles aillent se coucher. Je regrette à tous les
moments de ma vie de ne pouvoir pas être ta domestique. Avec quel orgueil et quelle
joie je te servirais, comme j’airais soin de toi et comme je ficherais à la porte
toutes les cocottes qui viendraient rôder autour de vous.
Malheureusement cela ne se peut pas. Aussi, vous avez froid à vos pauvres pieds et
vous vous faites rouler les cheveux. Joli régime en vérité.
Taisez-vous, monstre, vous savez bien que ce que je vous dis est vrai. Taisez-vous
et
faites-vous faire du feu, ça vaudra bien mieux ou bien, venez vous réchauffer chez
moi, ça sera meilleur encore.
Je suis fâchée que tu n’aies pas songé à dire un
mot pour Pradier hier1. Le refus, tout sec et tout net, quoiqu’il soit
malheureusement trop motivé, d’ailleurs, a pu lui paraître dur et pour un amour-propre
malade, comme le sien, presque méprisant. Il est vrai que tu tâcheras de lui ôter
toute amertume de ce côté mais la chose aurait été plus facile si hier tu avais pensé
à en dire deux mots à l’Académie. Du reste, il faudrait qu’il fût bien absurde pour
ne
pas comprendre l’impossibilité de te faire figurer à cette inauguration dans une
circonstance aussi douloureuse pour toi. Tâche de le voir aujourd’hui si tu peux.
Tâche aussi de venir me voir, moi qui t’aime de toute mon âme. N’oublie pas que je
t’attends, que je te désire et que je n’ai de joie qu’en toi. Pauvre ange adoré, c’est
bien bien vrai ce que je te dis là. Il va falloir que tu voies à me faire faire ton
cher petit portrait. J’aurais voulu que tu t’en occupassesb plus tôt, je crains que la saison ne
soit déjà avancée. Cependant je le veux, il me le faut pour mes étrennes.
Arrangez-vous pour cela et priez le bon Dieu qu’il ne gèle pas. Je vous baise tant
que
vous pourrez [rester ?].
Juliette
1 Nous reprenons cette note à Douglas Siler, éditeur de la Correspondance de Pradier, t. III, ouvrage cité, p. 40 : « Pradier souhaitait que Victor Hugo, nommé le 5 novembre directeur de l’Académie Française, prononçât un discours à l’inauguration de la fontaine Molière. Mais Hugo menait le deuil de sa fille Léopoldine et de son beau-fils Charles […]. Il n’assistera pas à l’inauguration le 15 janvier 1844.
a « cette ».
b « occupasse ».
« 10 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 35-36], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11536, page consultée le 24 janvier 2026.
10 novembre [1843], vendredi soir, 4 h. ¾
C’est toujours la même chose, donc mon amour, rien ne peut vous faire venir une
minute plus tôt qu’à votre affreux ordinaire. Vous êtes bien gentil. Voime, voime, mais il faut le dire vite. Je sais bien
que vous avez des affaires ; mais, je voudrais bien que vous me considérassiez de
temps en temps comme une affaire et que vous me traitassiez de même. Je commence à
trouver que le système que vous suivez envers moi est parfaitement embêtant. Si vous
n’y prenez pas garde je choisirai quelque [Bachan ?] ou quelque
[Bagader ?] plus aimable et plus empressé que vous. Vous voyez que je
vous avertis.
J’espérais que tu profiterais du beau temps pour me faire marcher
un peu. Je m’étais dépêchée de faire mes quinze tours dans le cas où tu viendrais
de
bonne heure. J’en ai été pour mes frais [illis.]. Je ne vous en veux pas mais je vous
trouve monotone au dernier point. Il faudra que vous me prouviez clair comme Dominus que vous m’aimez de toute votre âme tout à l’heure
pour que je ne sois pas affreusement grognon. Je sens que ça me
monte.
Pauvre ange adoré, n’aie pas peur de moi, car je suis, au
contraire, très bonne et très résignée ce soir. Je pense que tu as des affaires sans
nombre et que par-dessus tout ça tu travailles pour toi et pour moi. Je te plains
mon
adoré, je te désire, je te bénis et je t’aime avec plus de ferveur encore. Donne-moi
tes chères petites mains que je les réchauffe avec mes baisers.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
