« 10 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 193-194], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10762, page consultée le 24 janvier 2026.
10 octobre [1843], mardi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher amour adoré. J’aurais eu grand besoin
aujourd’hui du réveil-matin de Charlot. Je
ne sais pas, ou plutôt je sais très bien ce qui est cause de cette paresse prolongée.
Je te dirai cela dans le tuyau de l’oreille tantôt et tu verras que tu es une grosse
bête de n’avoir pas profité des derniers moments. Pôlisson,
vous avez bien tenu votre promesse n’est-ce pas ? Voime,
voime, vous êtes gentil. Aussi soyez tranquille, je n’ai rien de plus pressé
que de pas vous croire quand vous me dites quelque chose. Taisez-vous, vous n’êtes
qu’un Bouthord1. Tout ça ne
m’empêche pas de vous aimez comme un chien.
Je vous écris avec Cocotte sur mon doigt qui veut absolument manger ma
plume et mes papiers. J’ai fort à faire d’éluder son bec à cette petite vorace. C’est
cependant assez flatteur pour n’y pas résister. Trouver QUELQU’UN qui veut DÉVORER
MES
LETTRES ça n’est pas commun. Il n’y a qu’une cocotte capable de manger de dessus de
sa
tartine COMME UNE PERSONNE qui pense avoir ce courage-là. C’est un bien bel exemple
pour vous, vilain monstre. Taisez-vous, je ne vous crois plus plus que jamais.
J’ai déjà dépensé 9 francs de charbon ce matin et demain j’aurai le blanchissage à
penser, ce qui fera une fameuse brèche sur mes 31 francs. Je
te dis cela mon Toto chéri pour que tu ne t’étonnes pas quand je n’aurai plus
d’argent. J’économise le plus que je peux, mon cher amour, tu n’en doutes pas, je
l’espère. Aussi c’est seulement pour t’indiquer, comme je le fais pour moi-même,
l’emploi de l’argent.
Tâche de venir bientôt, mon Toto. C’est si triste de ne pas
te voir de la journée mon adoré que tu devrais faire tout ton possible pour venir
me
voir une minute.
Juliette
1 Jeu de mots avec « butor », à élucider.
« 10 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 191-192], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10762, page consultée le 24 janvier 2026.
10 octobre [1843], mardi soir, 5 h.
Je suis en retard avec mon travail aujourd’hui, je n’ai
encore rien fait. Il est vrai que j’aurai probablement toute ma soirée car vous ne
me
paraissez pas disposé à venir de bonne heure. Je n’aurai donc que trop le temps de
gribouiller.
À propos, mon cher petit, c’était hier le 9 et j’avais oublié de payer Suzanne. Je ne la paierai non plus aujourd’hui et pour cause. La première,
c’est que ma vieillepenaillon est venue et que je lui ai acheté de la
flanelle croisée pour toi et 3 mouchoirs pour moi à un prix
très avantageux. Je l’ai payéea en tout
7 francs 15 sous et 9 francs de
charbon. Tu vois mon Toto que je ne peux pas payer les gages de Suzanne sur les 21 francs que j’avais hier dans mon tiroir ? Ça m’est égal du
reste. Mon souci, c’est de savoir si je te verrai un pauvre petit brin avant mon
dîner. Je me fiche du reste.
Comment vas-tu mon pauvre adoré ? As-tu bientôt fini
tes rangements ? Tes gamins ont-ils été au collège ? Penses-tu à moi ? Me désires-tu ?
Viendras-tu bientôt ? Voilà ce que je voudrais savoir tout de suite et que tu te
garderas bien de venir me dire avant dix ou onze heures du soir. Vous mériteriez
méchant homme que je ne vous aime pas comme je le fais toujours de plus en plus. Si
cela était vous seriez peut-être plus empressé. Pauvre cher ange, je ne veux pas te
tourmenter. Tu es occupé, tu es triste. Viens quand tu peux. Je suis trop heureuse
de
t’attendre. Je t’aime de toute mon âme et je voudrais mourir pour toi. Je t’adore.
Je
baise tes petits pieds.
Juliette
a « payé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
