« 11 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 193-194], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10763, page consultée le 24 janvier 2026.
11 octobre [1843], mercredi soir, 5 h.a
Je pense à toi, mon adoré et je t’aime du plus profond de mon cœur. Je suis triste
parce que je te sais triste. Je suis triste parce que tu es absent, je suis triste
parce que je t’aime trop et que je te tourmente sans raison. Depuis hier, mon Toto,
j’ai le cœur plein d’amertume et de découragement. Quand je pense combien je t’aime
et
comment je t’aime et que tout cet amour si limpide et si pur dans mon âme en sort
tout
trouble et tout souillé par ma stupide jalousie et que je te fais l’illusion par
moments d’une méchante femme avide, je suis tentée de me
jeterb par-dessus le pont. Ta bonté
a beau me pardonner mon Victor chéri, je suis moins généreuse envers moi et je m’en
veux à la mort de t’aimer trop. Depuis hier je pleure, mon pauvre ange, sans pouvoir
me retenir. Je suis malheureuse, je souffre, je suis découragée. Je tiens bien peu
à
la vie, va, je t’assure et si j’étais sûre de te tourmenter encore aussi bêtement,
mon
parti serait bien vite pris. Surtout, mon adoré, ne crois pas les apparences. Je vaux
mieux que ce que je parais va et si je t’aimais moins exclusivement tu le verrais
bien.
Que fais-tu mon Toto ? Es-tu moins triste qu’hier ? Penses-tu à moi ?
M’aimes-tu ? M’aimes-tu, m’aimes-tu, mon Dieu m’aimes-tu ? Dans cette question est
le
secret de bien des mauvais sentiments qui te blessent mon adoré ? Le doute que
j’éprouve de ton amour change la joie en amertume et convertitc le cœur généreux et doux en un
mauvais cœur sec et vieux. Je t’aime trop, c’est bien malheureusement vrai. Je t’aime
trop.
Juliette
a Sous la date du 11 octobre [1843] est indiqué « 37 ou 43 »
b « jetter ».
c « convertis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
