« 4 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 201-202], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4232, page consultée le 25 janvier 2026.
4 mars [1843], samedi soir, 5 h. ½
Je t’écris presque à tâtons, mon cher petit homme. J’attends Suzanne qui est allée chercher un verre pour pouvoir
allumer la lampe. Aujourd’hui j’ai été obligée de faire la provision de charbon parce
que celui qu’on vend au détail fait beaucoup moins de profit. C’est Suzanne au reste qui avance toute cette dépense car
tu m’as donné 27 F. hier sur lesquels il y avait déjà 24 F. de dépensé. Je te dis
cela, mon pauvre Toto, pour que tu ne croies pas que je fais des folies avec l’argent
que tu me donnes. Mais depuis deux mois bientôt je n’ai aucune provision, de sorte
qu’il faut tous les jours un peu plus d’argent courant. D’ailleurs si tous ces détails
d’intérieur te fatiguent et t’ennuient passe-les, voilà tout, mon cher amour. Je
t’aime.
Je voudrais savoir où tu es et ce que tu fais dans ce moment-ci pour être
en pensée encore plus avec toi. J’ai hâte de te voir, mon Toto chéri, pour te baiser
depuis tes beaux cheveux jusqu’à la pointe de tes chers petits pieds. Tâche de venir
bientôt, mon cher amour, il est déjà bien tard et je te vois si peu tous les jours.
Je
n’ose pas te demander si tu as eu le temps d’aller chez cette atroce vieille
sorcière1 et d’un autre côté, je sens que ce vieux monstre nous
assommera de sesa réclamations jusqu’à
ce que tu aies pu lui donner ces quatre mots sans lesquels elle se figure qu’elle
ne
peut pas dormir tranquille. Vieux monstre va, si ce n’était l’horreur que j’ai de
tout
ce qui se rapporte à toi, je voudrais que ces mêmes quatre mots soient de feu pour
toi
et te brûlent les doigts, les yeux et l’âme chaque fois que tu y toucherais. Baise-moi
mon amour. J’aime mieux ça que de penser à cette vieille scélérate.
Juliette
a « ces ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
