« 20 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 37-38], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8005, page consultée le 26 janvier 2026.
20 octobre [1841], mercredi soir, 5 h. ¾
Merci, mon Toto, merci mon doux et bien ravissant Toto, merci. Mon petit sabot est
ravissant. Bien entendu qu’aussitôt pris, aussitôt pendu, ma poudre fait sa poussière dedans depuis tantôt. Cela va très bien et fait
surtout ressortir ton ineffable et inépuisable bonté, tu es mon pauvre bien-aimé que
j’aime et que j’adore.
Je voulais copier tantôt dès que tu as été parti, mais
l’effroyable malpropreté de ma tête ne l’a pas permis. Il y avait plus de quatre jours
que je ne m’étais peignée, je ne pouvais pas attendre plus longtemps. Voici du reste
un mot de ma servarde à
ce sujet : − Oh ! madame, vos cheveux sont propres et BLANCS comme tout1 ! Que dites-vous de ce compliment ? Si on vous le faisait,
eh bien tu ne serais pas content, tu ne serais pas content. Moi, j’avale tout ça avec
une douceur et une résignation angélique, ia ia monsire
matame. Ce que je n’avale pas aussi bien, ce sont vos accidents, on ne peut pas dire que je demande PLAIE et bosse car rien ne m’est
plus suspect et plus désagréable que ce genre de BLESSURE. Je vous prie de ne pas
m’en
apporter d’autre si vous ne voulez pas que je PENSE toutes sortes de choses autres
que
le malade.
Calemboura et
rébus à part, je vous prie d’être SAIN SAUF à ne faire de niche qu’à moi. Baisez-moi,
scélérat. Si vous comprenez un seul mot à tout ce que je viens de gribouiller, je
veux
bien que la croque me crique2. C’est tout ce que je peux
faire que d’en déchiffrer ceci. Je ne veux pas que vous me soyez infidèle ou je vous
tords le cou comme à un [mognot ?].
Tenez-vous le pour dit si vous tenez à votre vie. Baise-moi, vilain monstre,
baise-moi, tu n’es qu’affreux monstre, le plus vil des hommes décidément. Donne ta
chère petite patte blanche que je la baise du bout des dents pour t’apprendre à user
toute ma pâte d’amande.
Juliette
1 Juliette a beaucoup de cheveux blancs et elle passe parfois des heures à les chercher et à les arracher méthodiquement pour dissimuler ces marques de vieillissement (voir par exemple les lettres du 2 février, du 5 août et du 5 novembre 1841).
2 Jeu sur « le grand cric me croque » : familier, « que le diable m’emporte ».
a « calembourg ».
« 20 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 39-40], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8005, page consultée le 26 janvier 2026.
20 octobre [1841], mercredi soir, 6 h.
Si je vous avais écrit hier au soir, mon amour, je vous aurais dit que vous étiez
mon
pauvre bien-aimé que j’aime de toute mon âme. Aujourd’hui, je vous dis que vous êtes
mon Toto ravissant que je baise et que j’adore, voilà la différence. Si elle vous
contrarie, j’en suis fâchée, mais vous savez le proverbe : les jours se suivent et
ne
se ressemblent pas, ça n’est pas comme l’amour de la vieille Juju.
Il me semble
qu’il y a bientôt plus de trois mois que je ne vous ai vu, est-ce que vous ne songez
pas à revenir bientôt à la maison, mon petit homme ? Vous avez, outre mes bras, un
bouillon qui vous tend les siens et qui se fige de désespoir en vous attendant. Moi,
je ne pourrai pas dîner de bon appétit si je ne vous ai pas embrassé vingt-deux mille
fois au moins auparavant de commencer. Vous seriez bien adorable et bien adoré si
vous
songiez à revenir auprès de moi tout de suite.
Dès que j’aurai dînéa je me mettrai à copier dare-dareb jusqu’à deux heures du matin, à moins
que vous ne veniez me prendre pour faire un tour de boulevard, ce qui passe avant
tout, même avant la COPIE. Être avec vous, vous voir, vous entendre et vous respirer,
c’est plus que de la joie, c’est du bonheur, c’est le paradis et je donnerais une
année de ma vie par chaque minute que je passerais avec toi. C’est bien vrai du fond
de l’âme, mon adoré, je t’aime, moi. Ne sois pas longtemps, mon Toto, je t’attends
de
toute l’impatience de mon amour. Ah ! voici la sonnette de l’allée, si c’était toi…
hélas !! non, mais j’espère que tu ne tarderas pas. Mon petit sabot est ravissant,
surtout donné par toi. Je suis charmée que la servarde ne l’ait pas trouvé ce matin, je ne l’aurais pas trouvé la moitié
aussi joli. Maintenant, je le trouve ravissant de toute la grâce et de toute la
délicieuse bonté dont tu es capable chaque fois que l’occasion s’en présente.
Baise-moi, je t’aime. Baise-moi, je t’adore. Baise-moi encore.
Juliette
a « dîner ».
b « dar dar ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
