« 5 juin 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 13-14], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8977, page consultée le 27 janvier 2026.
5 juina[1839], mercredi matin, [illis.] h. ¾
Bonjour, mon petit homme chéri, bonjour mon pauvre petit amour. Il paraît que tu n’as
pas retrouvé mon épingle cette nuit ? Mais je me flattais que tu viendrais me consoler
de sa perte en m’en apportant une autre qui a bien son mérite et pour laquelle je
donnerais toutes les épingles et toutes les BROCHES du monde. Je n’ai donc pas été
médiocrement surprise en voyant que mon désastre ne vous avait pas fait SENTIR LE
BESOIN de passer le reste de la nuit avec moi pour prévenir les suites de mon
désespoir qui pouvait être très FUNESTE. Jour,
mon cher petit o. Je ne regrette pas mon petit
malheur d’hier puisqu’il t’a donné l’occasion d’être le plus ravissant des hommes
mais
je le bénirais s’il avait eu l’influence de te faire revenir.
Je vous paie ma
dette bien scrupuleusement vous voyez bien, j’ai cependant par devers moi bien de
l’arriéré que vous ne me payez pas mais je ne suis jamais les mauvais exemples et
si
je pouvais même acquitter vos propres dettes envers moi, je le ferais avec joie,
malheureusement je n’ai pas la MONNAIE qui paye cesb sortes de dettes et j’ai bien peur que vous ne soyez à tout jamais
INSOLVABLE. Si je me trompe, prouvez-le-moi. Jour Toto.
a « mai ».
b « ses ».
« 5 juin 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 15-16], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8977, page consultée le 27 janvier 2026.
5 juin [1839]a, mercredi, 11 h. du m.
Je vous aime, mon petit Toto, je vous adore, mon petit homme. Suzanne est allée chez les Lanvin comme nous en étions convenus. Toute la famille est dans le même état à l’exception de la petite fille qui va mieux. Le mari est toujours dans le même état, il ira chercher Claire demain matin. Je me suis souvenue tout à l’heure qu’il y avait un papetier sous les arcades presqu’en face la célèbre [illis.] et j’ai envoyé la bonne chercher du papier. En voici du grand, mais pas encore assez, et d’un blanc bleu. J’espère que la prochaine fois, nous aurons notre format ordinaire. Jour, Toto. Jour, mon petit o. Je vous aime, mon amour. C’est tantôt que j’attends le sieur Triger. J’espère que tu y seras, autrement, il n’y aurait pas de plaisir à se faire vacciner. Je m’étais trop pressée de proclamer la SOUVERAINETÉ de mon remède pour les pieds car le mien me fait un mal de chien ce matin. Cependant s’il fallait vous suivre là-HAUTb sur la montagne, je suis prête à pied, à cheval, comme vous voudrez, pourvu que je ne vous quitte pas d’une semelle. J’aime Toto, j’aime Toto, j’aime Toto, j’aime Toto. Je ne connais que ça. Baisez-moi, vieux laid. Vous êtes une bête, donnez-moi vos chères petites pattes blanches.
Juliette
a « mai ».
b « HAU ».
« 5 juin 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 17-18], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8977, page consultée le 27 janvier 2026.
5 juina[1839], mercredi soir, 6 h.
Mon cher petit bien-aimé, je suis toute triste, car le temps de dire bonjour à Mme Pierceau, je ne t’ai plus revu dans la rue et c’est tout justement l’appoint du bonheur qui paye ma résignation et mon courage jusqu’au moment de te revoir. Bonjour, mon cher adoré. Sois béni, mon petit homme. Je t’aime comme un cher petit saint que tu es. Je te suis de l’âme, mon cher petit bien-aimé, guettantb au passage un de tes charmants sourires, une pensée qui me soit adressée. Ainsi, ne t’étonnec pas si tu me vois sans cesse à côté de toi : marchant quandd tu marches, m’arrêtant quande tu t’arrêtes, souriant quandf tu me regardes, absolument comme la pauvre mère de la TISBÉ1. Jour Toto. Le pauvre petit Pierceau a eu une crise tantôt qui a beaucoup inquiété son père et sa mère. Heureusement que M. Triger est arrivé à travers toutes cesg inquiétudes-là pour rassurer tout le monde. Dans ce moment-ci, touteh la maison est assez calme. Je vais donc me mettre à ma chemise et tâcher de la finir car j’attends après pour en changer. JE N’AI PAS DE CHEMISE. JE M’EN FIIIIIIIIIIIIICHE. Votre pied, l’autre s’ili vous plaît. Très bien, votre bec à présent. Hum, c’est bien bon, est-ce pas, Toto ?
Juliette
1 Dans Angelo Tyran de Padoue, Tisbe raconte ainsi son amour pour sa mère : « Savez-vous ce que c’est que d’être enfant, pauvre enfant, faible, nu, misérable affamé, seul au monde, et de sentir que vous avez auprès de vous, autour de vous, au-dessus de vous, marchant quand vous marchez, s’arrêtant quand vous vous arrêtez, souriant quand vous pleurez, une femme… ».
a « mai ».
b « guétant ».
c « t’étonnes ».
d « quant ».
e « quant ».
f « quant ».
g « les ».
h « tout ».
i « si ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
