« 8 janvier 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 7], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2234, page consultée le 23 janvier 2026.
Guernesey, 8 janvier [18]73, mercredi matin, 8 h.
Avant de signaler ma bisque, mon cher Patron-Minette, je commence par me réjouir en pensant que tu as dû avoir une bonne nuit puisque tu es déjà levé. Clopin-cloplant je suis arrivée derrière le canon mais tu étais déjà déniché ! Depuis quand ? That is the question que ma mauvaise chance ne m’a pas permis de constater ce matin. Enfin, puisque tu as bien dormi je n’ai pas le droit de jetera les hauts cris. De mon côté, mon cher petit homme, j’ai eu une très bonne nuit à laquelle même j’étais loin de m’attendre en me couchant hier soir. La chaleur du lit est en général un grand calmant pour ce genre de douleur, voilà pourquoi je suis revenue m’y blottir tout de suite après avoir constaté que je n’avais rien à gagner à t’attendre. Demain il fera jour et nous verrons lequel des deux dépassera l’autre. Jusque là je me venge en me dorlotant « dans ma couchette » comme la Mère-Grand ! Ce mot me rappelle la situation de Père-Grand dans laquelle tu te trouves en ce moment-ci vis-à-vis tes enfants, y compris la pauvre Marion de Lorme1 qui a bien elle, aussi, des droits sur tes entrailles paternelles. Je ne veux pas faire de comparaison malséante entre tes deux devoirs et les deux mesures d’avoine de l’âne de Buridan qui ne sait à laquelle donner la préférence2 ; d’abord, parce que comparaison n’est pas raison, surtout quand il s’agit d’un âne, fut-il même académicien, et toi, mon pauvre génie de somme, que j’admire, que je vénère et que j’adore et auquel je voudrais si cela dépendait de moi, de donner son picotin de bonheur en ce monde. À défaut de cette provende, mon doux adoré, je te donne mon cœur et mon âme à brouter.
1 Marion de Lorme sera repris en février à la Comédie-Française.
2 Légende du paradoxe de l’âne de Buridan, où un âne, ne sachant que choisir entre son picotin d’avoine et son sceau d’eau, meurt de faim.
a « jetter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
