« 24 septembre 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/93], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12533, page consultée le 01 mai 2026.
24 septembre [1848], dimanche matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, malgré la pluie, la distance et le souvenir de l’absurde séance d’hier. Bonjour, je t’aime. Je suis revenue bien fatiguée, bien déconfiturée et bien vexée d’avoir manqué ton discours1. Si j’avais osé, j’aurais pleuréa comme un veau dans l’omnibus tant j’étais agacée et tant j’avais de regret d’avoir perdu l’occasion de t’entendre. Cependant, si tu voulais demander un billet pour lundi, si c’est lundi que tu dois parler, il est certain qu’on ne te le refuserait pas. Mon pauvre adoré, je te tourmente au-delà de toute discrétion, mais c’est que je serais si heureuse de t’entendre dire de belles choses avec ta voix grave et puissante, avec ton beau regard qui charme et qui subjugue, avec ton geste noble et imposant, que je ne recule devant aucune obsession, même celles qui te fatiguent et t’ennuient le plus. Je t’en demande pardon et je te prie de ne pas m’en vouloir et de m’accorder une pauvre petite fois un tour de faveur le jour où tu parleras. En attendant, je t’aime à l’unanimité.
Juliette
1 On ne sait de quel discours il s’agit.
a « pleurer ».
« 24 septembre 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/94], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12533, page consultée le 01 mai 2026.
24 septembre [1848], dimanche après-midi, 2 h.
Je tâche d’oublier ma déconvenue d’hier en pensant que je te verrai aujourd’hui, chez moi, nez à nez, et sans le chœur obligé des Invalides, des tourlourous1, des marchandes de coco réactionnaires et des gamins morveux. Je pourrai donc t’embrasser en NATURE et à bouche découverte sans craindre de scandaliser les jambes de bois, les nez de fer blanc et les manches vides de bras. Je t’avoue que je ne suis pas insensible à cet avantage et que je remercie le bon Dieu d’avoir fait le dimanche pour le repos des hommes et des représentants. Seulement je trouve qu’il n’en n’a pas fait assez. Il ne lui en aurait pas plus coûté d’en faire six par semaine qu’un. Cette mesquinerie divine pourrait me donner mauvaise opinion de la générosité du père éternel, mais je m’abstiens par respect pour son âge. Je suis [en passe ?] d’oublier même ma mystification PARLEMENTAIRE si tu viens de bonne heure aujourd’hui et si tu t’en vas très tard2. Je consens même à admirer Bénard, Guichard3 et autres Pochard de la tribune si tu veux ne pas t’en aller du tout et passer toute la journée et toute la nuit avec moi à indiscrétion.
Juliette
1 Tourlourou (populaire) : soldat.
2 La veille, Juliette a manqué un discours de Victor Hugo à la Chambre.
3 Martin Bénard (1798-1783), Victor Guichard (1803-1884), représentants du peuple.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
