« 2 juin 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 207-208], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4878, page consultée le 01 mai 2026.
2 juin [1848], vendredi matin, 8 h.
Bonjour, mon pauvre griffouilleur, bonjour, mon pauvre esclave piocheur, bonjour, je t’aime et je baise ta chère petite bouche embabouinée1. Je pense que je suis un être très stupide, ce qui ne te surprendra pas, ni moi non plus, mais j’aurais dû hier accepter tout d’abord les exemplaires de ta profession de foi2 que tu m’offrais. Il allait sans dire que je trouverai à les placer, il suffisait seulement d’y réfléchir, chose qui n’est pas familière à ce qu’il paraît. Enfin, la nuit porte conseil, comme tu vois, et si je savais comment m’introduire chez toi, je t’aurais fait demander dès ce matin le plus de circulaires possible. D’abord je compte écrire à M. Cacheux à ce sujet. Ensuite dans mon entourage je suis sûre d’en placer beaucoup à gros intérêts. Malheureusement il faut que j’attende ton retour et peut-être d’ici là tu les auras tous donnés. Voilà ce qui me contrarie on ne peut pas davantage. Décidément je suis une bête beaucoup trop bête mais je t’adore.
Juliette
1 En ce sens, un babouin est un herpès labial.
2 Victor Hugo a rendu publique sa profession de foi le 26 mai 1848, en vue des élections complémentaires à la Constituante. Le 29, il s’est présenté devant les cinq associations d’art et d’industrie, qui l’ont désigné comme leur candidat aux élections.
« 2 juin 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 209-210], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4878, page consultée le 01 mai 2026.
2 juin [1848], vendredi après-midi, 1 h. ½
Je suis comme le temps, c’est vous dire assez que je ne suis rien moins qu’aimable. Il est vrai que Gabrielle1 l’est pour moi et que vous le lui rendez bien. Fichtre, quel empressement vous avez mis à répondre à cette Laurette hystérique et SANS OUVRAGE. Il n’est rien tel qu’un ex-Pair de France pour donner dans le premier panneau libidineux qu’on lui tend. Diable, mon cher monsieur affairé, je ne vous savais pas si facile à la correspondance. Si j’en juge d’après les lettres qui moisissent dans mon tiroir et dans les rares apparitions que vous faites chez moi, je vous aurais cru moins occupé de clichyennes2 que d’élection et plus adonné à la profession de foi qu’aux billets doux. Je me suis trompée. Cela prouve ma naïveté, mais cela prouve aussi que si vous avez beaucoup d’empressement pour la première fille venue, vous n’en aveza pas du tout pour la pauvre femme qui vous adore et qui souffre de votre indifférence.
Juliette
1 L’identité de cette Gabrielle reste à identifier. Il est probable qu’il s’agit d’une jeune première à qui Victor Hugo apporte son aide.
2 Habitantes du quartier de Clichy à Paris.
a « vous n’en n’avez ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
