« 15 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 161-162], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4638, page consultée le 24 janvier 2026.
15 février [1846], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour plus qu’aimé, bonjour adoré, bonjour mon généreux Victor, bonjour mon âme, mes pensées et ma vie, à toi. Tu n’as pas pu venir cette nuit et je m’y attendais car outre les devoirs du monde que tu avais à remplir hier tu as dû avoir chez toi affluence d’admirateurs et d’amis. Quand Claire est revenue de chez son père hier, je lui ai appris ce que tu avais dit de flatteur pour lui à la Chambre1. La pauvre enfant était transportée de reconnaissance et de joie, elle aurait voulu pouvoir te sauter au cou pour te remercier de tout son cœur. Pour moi j’attends que tu viennes ce matin et que tu m’apportes LeMoniteur. Ce sera la première fois que je l’aurais désiré et maintenant ce ne sera pas la dernière. Qui m’aurait dit jamais qu’il viendrait un jour où je pourrais désirer voir et lire ce journal officiel. Tout est possible et tu ferais bien d’autres miracles ma foi. Clairette avait reçu sa lettre de convocation vendredi : il avait été convenu entre Eulalie et elle qu’elles ne m’en diraient rien pour m’épargner l’inquiétude et l’ennui de cette nouvelle épreuve2. Elles ont été désagréablement surprises quand elles ont vu que je le savais. Maintenant au petit bonheur. Et que le découragement ne s’empare pas de cette pauvre enfant si elle échouait encore jeudi. D’ici là, elle va encore bien travailler et moi continuer de te désirer et de t’aimer de toutes mes forces.
Juliette
1 Dans son discours à la Chambre des Pairs du 14 février sur la propriété de l’œuvre d’art, Hugo a rendu hommage à James Pradier, « cet homme d’un merveilleux talent ».
2 Claire prépare l’examen pour devenir institutrice.
« 15 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 163-164], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4638, page consultée le 24 janvier 2026.
15 février [1846], dimanche après-midi, 4 h. ½
Je devine bien que tu es pris de toutes parts, mon adoré, et que tu ne peux pas venir me donner un pauvre petit baiser en courant. J’espère que tu penses à moi à travers tous les compliments et toutes les admirations dont tu es l’objet, que tu me désires et que tu me plains. J’ai besoin d’y croire pour ne pas me décourager. Il est probable que tu recevras la visite de M. Pradier, si déjà ce n’est pas fait. Il doit être comblé et au septième ciel s’il n’est pas le plus stupide des hommes, ce que je ne voudrais pas nier au risque de me roussir la peau de la main. Quant à moi, mon Victor, je t’en remercie pour ma fille et pour moi. Si je pouvais t’aimer davantage ce serait un motif de plus pour moi mais c’est impossible. Clairette est presque aussi impatiente de t’embrasser que moi-même. Elle trouve que son pauvre dimanche de quinzaine est bien CHESSE et elle le troquerait volontiers contre une soirée entière passée au coin du feu entre toi et moi. Cette enfant n’est vraiment pas difficile, elle tient de sa mère et je ne l’en félicite pas. Quand donc viendrez-vous à la fin ? Voilà bientôt cinq heures. Si vous croyez que je ne suis pas furieuse intérieurement vous vous trompez joliment. Il ne s’en faut pas de l’épaisseur d’un cheveu que je ne sois enragée. Pour peu que vous tardiez encore de quelques minutes, je ne vous conseille pas de vous fier à moi car au lieu de vous baiser je vous mordrai.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
