« 17 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 165-166], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4639, page consultée le 25 janvier 2026.
Anniversaire de notre amour, 17 février [1846], mardi matin, 10 h.
Bonjour, mon bien-aimé adoré, bonjour mon Victor chéri, bonjour mon âme. Comment vas-tu ? Comment m’aimes-tu ? Moi je t’aime, je t’aime, je t’aime. Voilà treize ans1 que je passe ma vie à t’aimer et à te le dire, il me semble, tant la première impression de tes baisers est encore vive, que, c’est d’aujourd’hui seulement que je t’ai reçu dans mes bras et que je me suis donnée à toi. Cher adoré bien-aimé, j’attends ce soir avec bien de l’impatience. On dirait que les battements de mon cœur voudraient hâter les pulsations de la pendule pour y arriver plus vite. Heureusement que je te verrai d’ici là au moins deux petites fois. J’y compte bien et je m’en réjouis d’avance. Je t’ai demandé à aller à Ruy Blas2 parce qu’après le bonheur d’être avec toi, je n’en ai pas de plus grand que d’entendre tes chefs d’œuvres. Si tu peux m’y faire aller, mon Victor adoré, tu me feras une grande joie ainsi qu’à mes deux gentilles péronnelles3. Je regretterai que ma pauvre fille n’y soit pas. Je ne le lui dirai même pas pour ne pas lui faire de chagrin. Mon Toto bien aimé, mon adoré pense à moi, désire-moi et aime moi. Quoique tu fasses tu seras toujours au-dessous de ce que je ferai en ce genre là aujourd’hui et toute ma vie. À tout à l’heure mon Toto chéri, à bientôt, ma vie, je t’adore.
Juliette
1 Juliette Drouet et Victor Hugo commémorent tous les ans leur première nuit d’amour du 16 au 17 février 1833.
2 Ruy Blas est repris à la Porte-Saint-Martin le 18 février 1846.
3 Juliette désigne ainsi sa file Claire et les amies de cette dernière.
« 17 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 167-168], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4639, page consultée le 25 janvier 2026.
17 février [1846], mardi soir, 5 h. ¾
Je suis fâchée, mon adoré, que tu aies eu le petit ennui de ce matin. J’aurais voulu, aujourd’hui, plus qu’un autre jour encore, me mettre entre toi et les contrariétés de la vie. L’amour devrait avoir cette faculté. S’il en était ainsi, mon sublime bien-aimé, jamais tu ne rencontrerais d’incidents fâcheux sur ton chemin, d’aucune espèce. Il est probable que tu auras été dédommagé à l’Académie par un triomphe complet de tes opinions de la colère que t’a causée un abject gredin1. Je t’attends pour savoir cela. Mon Victor, tu es ma joie, je t’aime. Je te trouve beau, je t’aime. Je voudrais me mettre touta entière dans ce mot : je t’aime. En attendant que tu viennes, j’ai relu toutes les adorables petites lettres que tu m’as écrites pendant que tu étais retenu chez toi par la souffrance. Je les ai toutes baisées avec une tendre dévotion comme on baise des reliques et puis je les ai serrées. Ce soir je relirai toutes celles que tu m’as écrites depuis treize ans. Toutes ! Hélas ! Malheureusement cela n’est pas exact car les premières ont été sacrifiées2 à je ne sais quelle folle susceptibilité provoquée par toi. Maintenant j’aimerais mieux me tuer que d’en détruire une seule. Aussi il faut voir avec quelle sollicitude je les garde et les thésaurise. Il n’y a pas d’avare qui ait pour son or la rapacité et l’adoration que j’ai pour les adorables petits papiers griffonnés par votre jolie petite patte blanche. Mon regret est que vous ne m’en envoyez pas assez. C’est absolument comme de votre personne, je n’en ai jamais assez même pour ma dent creuse.
Juliette
1 À élucider.
2 Après une violente dispute, Juliette Drouet avait brûlé en août 1833 les lettres qu’elle avait reçues de Victor Hugo.
a « toute ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
