« 4 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 13-14], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5453, page consultée le 26 janvier 2026.
4 août [1844], dimanche matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour. Comment vas-tu,
mon ravissant bien-aimé ? Moi, je ne vais pas aussi bien qu’hier et tu devines
pourquoi ? C’est qu’aujourd’hui je n’ai aucun bonheur en perspective et qu’hier
j’avais l’espoir d’être avec toi presque toute la soirée. Ma santé, c’est le bonheur,
ma vie, c’est ton amour. Voilà pourquoi je suis si souvent souffrante et voilà
pourquoi je mourraisa si tu ne
m’aimais plus.
Vous vous êtes bien dépêché de manger vos fraises cette nuit,
vilain gueulard. Je savais bien que dès qu’elles seraient
avalées vous vous en iriez comme un… sanglier domestique que
vous êtes. Une autre foisb je les
cacherai et je ne vous les donnerai qu’à une heure raisonnable. Vous êtes trop
naïvement de l’école de RÉSISIEUX1. Je veux vous donner des leçons de savoir-vivre,
mon cher petit glouton. Vous entendez ça ?
Jour Toto, jour mon cher petit o. Juju a bien mal à sa pauvre tête. Juju a bien besoin de voir son Toto. Juju
aime trop son Toto. Tant pire pour Juju, n’est[-ce] pas mon
Toto ?
Je regarde la pendule avec effroi car elle ne me dit pas encore quand tu
viendras. Je sais bien que tu n’as pas d’heure précisément ;
mais, cependant, il y en a où je me crois plus près de toi les unes que les autres.
Enfin, mon Toto, tâche de venir le plus vite que tu pourras. Tu sais si tu es aimé,
désiré et attendu dans cette petite maison de la petite rue Saint-Anastase. En
attendant, je t’adore.
Juliette
1 Résisieux, fille des Besancenot.
a « mourerais ».
b « autrefois ».
« 4 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 15-16], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5453, page consultée le 26 janvier 2026.
4 août [1844], dimanche soir, 9 h. ¾
Mon petit Toto, il faut penser à moi. Il faut ne pas être aimable avec Mme Paillard et
autres personnes plus ou moins coquettes. Il faut laisser là tout ce monde qui ne
vous
aime pas comme je vous aime, pour venir me retrouver tout de suite. Je t’ai bien peu
vu aujourd’hui, mon amour, et le peu de temps que tu es resté auprès de moi, tu l’as
employé à lire, ce qui diminue considérablement le bénéfice d’être avec toi. Je ne
dis
pas la joie, parce que dès que je suis avec toi je suis
heureuse.
Ma pauvre Joséphine est
partie il y a déjà un moment. Cette pauvre fille n’est pas très amusante, comme tu
peux t’en douter, mais c’est une excellente fille, et qui est loin d’être heureuse.
À
propos d’heureuse, je pense à cet infortuné vieillard qui vient de perdre son dernier
ami. Pauvre bonhomme, le bon Dieu aurait dû commencer par lui au lieu de finir par
lui. J’en ai le cœur tout attristé. C’est une chose douloureuse que de voir un
vieillard sans appui et sans ressource. Je ne comprends pas que M. Villemain ait la dureté de cœur de laisser ce
malheureux Saint- [Hilaire ?]1 dans cette
affreuse misère. Enfin, c’est comme cela, et tout ce que je dirai ne lui fera pas
passer dans le cœur un peu de la pitié qui remplit le mien. Je ferais mieux de ne
pas
t’en ennuyera inutilement.
Je
t’aime, mon Victor adoré, je t’aime parce que tu es beau, parce que tu es bon, parce
que tu es le plus noble, le plus généreux des hommes et… parce que je t’aime. Je te
le
dis sans cesse, mais je ne te le dirai jamais autant que cela est.
Dépêche-toi
de venir, mon cher adoré, tu me rendrais bien heureuse. En attendant, je t’adore et
je
te baise depuis la tête jusqu’aux pieds.
Juliette
1 À identifier. Peut-être s’agit-il du vaudevilliste Amable de Saint-Hilaire.
a « ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
