« 17 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 121-122], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10745, page consultée le 24 janvier 2026.
17 septembre, dimanche soir, 7 h. ¾
Je n’ai pas pu t’écrire ce matin, mon adoré, parce que Lanvin et son cousin sont venus et qu’il m’a fallu les observer, les
conseiller et les aider. Tout cela n’a duré rien moins que jusqu’à la nuit close,
alors je me suis lavé les mains et j’ai dîné avec ma fille. Maintenant, je viens
d’écrire la dépense et tout à l’heure, on fera mon lit.
Je te dis tout cela, mon
pauvre adoré, pour t’expliquer comment il se fait qu’étant l’unique occupation de
mes
pensées, mon souci et mon bien, je ne t’ai pas écrit plus tôt. Enfin m’en voilà quitte
ou à peu près mais cela n’a pas été sans peine.
Comment vas-tu mon pauvre ange ?
Comment as-tu passé la nuit et la journée ? Comment va toute ta chère famille ?
J’espérais que tu viendrais un peu avant le dîner mon pauvre adoré et j’ai fait force
de rames pour renvoyer les Lanvin de bonne heure, c’est-à-dire avant le dîner. Tu
n’es
pas venu mon cher petit mais j’espère que cela ne cache aucun nouveau chagrin ? Que
Dieu te protège toi et les tiens, mon pauvre amour, car je ne sais pas ce que je
deviendrais si je te voyais souffrir comme je l’ai déjà vu. Pauvre bien-aimé de mon
âme, puissesa-tu n’être plus
jamais éprouvé par aucun malheur1. C’est ma
prière de tous les jours et de tous les instants.
J’ai hâte de te voir mon Toto
chéri. Je regarde la pendule et je soupire parce que ce n’est pas encore l’heure où
tu
as coutume de venir. Cependant, mon cher petit homme, tu n’es pas venu du tout de
la
journée, il serait donc juste de venir plus tôt ce soir. J’ai beau me raisonner, je
ne
puis pas m’empêcher d’avoir de l’inquiétude sur toi et sur les tiens. Tu serais bien
bon et bien tendrement récompensé, mon amour, si tu venais tout de suite.
Ma
Clairette m’a aidée aujourd’hui dans tous les arias2 de ma maison. Pauvre enfant, il me semble que sa figure
a gagné depuis hier l’expression tranquille, loyale et heureuse que je lui désirais
voir depuis si longtemps. C’est à toi qu’elle la devra, mon cher amour, mon ange
gardien, mon bien-aimé si généreux, si doux et si indulgent. Ta bonté se communique
jusqu’à moi et elle m’a fait suivre une règle de conduite avec cette pauvre enfant
que
je n’aurais peut-être pas saisie si j’avais été livrée à ma seule nature. Sois béni,
mon cher amour, autant que tu es aimé.
Je voudrais bien te voir mon Toto chéri
car ma journée a été bien longue de toutes les manières. Mon cœur a faim et soif de
toi. Tâche de venir bien vite. En attendant, mon Toto chéri, je baise tes chers petits
pieds.
Juliette
1 Victor Hugo est en deuil de sa fille Léopoldine, morte le 4 septembre, noyée dans la Seine, tandis que Hugo était en voyage avec Juliette.
2 Arias : occupation, désordre.
a « puisse-tu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
