« 3 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 197-198], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9297, page consultée le 24 janvier 2026.
3 décembre [1840], jeudi matin, [10 ?] h.
J’aurais mieux aimé plus de barbe à votre menton et plus de Toto dans mon lit. Il paraît que décidément cet excès de recherche de vous faire faire la barbe à dix heures du soir n’était pas pour moi. Je m’en étais doutéea comme vous savez, mon pauvre amour, mais cela ne m’empêche pas d’être aussi triste et aussi mystifiée ce matin que si je ne m’y étais jamais attendueb. Je te dirai, mon adoré, que tu as mal choisi le moment de disparaître tout à fait de mon pauvre horizon car je n’ai jamais été plus triste et plus tourmentée sur tes sentiments et sur notre position vis-à-vis l’un de l’autre. La complication des dettes et de la pension de Claire qui vient s’y ajouter me rend bien malheureuse, il me semble que tu as moins d’ardeur et moins de confiance dans tes forces qu’autrefois. Si cela était, il faudrait me le dire, mon bien-aimé, afin que je tâche de t’alléger le fardeau pendant qu’il en est encore un peu temps. Tout ce qui faudra faire pour moi personnellement je suis prête à le faire pour te soulager et pour conserver ton amour. Je te demande seulement d’en excepter ma pauvre fille et de me laisser faire tout ce qui pourra lui donner des ressources honnêtes pour l’avenir. D’ailleurs l’épreuve ne sera pas éternelle il s’agit d’une année et 240 f.1, voilà tout cela ne vaut pas la peine de me mettre l’âme à la torture. Je t’aime mon Toto. Je voudrais savoir ce qui t’a empêché de venir et pourquoi tu t’étais fait coifferc et barbifierd si tard hier. Je t’aime.
Juliette
1 Il s’agit des frais de pension de Claire.
a « douté ».
b « attendu ».
c « coiffé ».
d « barbifié ».
« 3 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 199-200], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9297, page consultée le 24 janvier 2026.
3 décembre [1840], jeudi soir, 10 h. ¾
Je t’ai à peine vu, mon adoré, et encore tu avais l’air triste et
préoccupéa comme hier. Je
ne veux pas montrer à l’enfant l’inquiétude que le changement d’humeur me donne
parce qu’auparavant tout je veux qu’elle n’emporte pas d’impression pénible de
notre maison dans le peu de temps qu’elle y passe parmi nous. Mais quand nous
serons seuls, mon bien-aimé, je te prierai du fond du cœur de me dire ce qui
t’inquiète et t’attriste. J’ai dit à Mme Lanvin de faire auprès de M. Pradier une démarche pour l’engager à donner
lui-même des leçons à sa fille ; elle m’a promis qu’elle ferait tout son
possible pour le voir cette semaine et comme elle doit venir chercher la lettre
à Antênor Joly elle me dira l’issue
de sa démarche mais je doute, quantb à présent, qu’elle ait un bon résultat. Enfin nous
n’aurons rien à nous reprocher, Dieu merci, je doute que M. Pradier puisse en
dire autant à sa conscience.
Je t’écris tard, mon bon chéri, parce
qu’après Mme Lanvin j’ai eu Mme Besancenot et sa fille
qui sont restées jusqu’après dix heures. Ma Claire s’en va demain de très bonne heure. C’est le père Lanvin
qui la ramènera à la pension. J’espère que l’explication sérieuse et douce que
j’ai euec avec ma fille lui
fera grand bien. Elle est raisonnable et je crois qu’elle nous aime, deux
raisons pour qu’elle comprenne la nécessité de ne pas abuser de ton dévouement
et de ta générosité en pure perte. J’espère beaucoup de la petite conversation
sérieuse de ce soir mais toi, mon adoré, toi qui me diras ce que tu as, ce que
tu crains ou ce que tu souffres. Mon Dieu je t’aime pourtant de toute mon
âme.
Juliette
a « préocupé ».
b « quand ».
c « quand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
