« 21 janvier 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/09], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12558, page consultée le 05 mai 2026.
21 janvier [1850], lundi matin, 9 h.
Bonjour, mon tant aimé, bonjour.
Je n’ai rien de plus à te dire à cette distance mais je serais beaucoup plus prolixe
si tu pouvais m’entendre de très près.
Je suis tout à fait maussade et
souffrante ce matin. J’ai passé une mauvaise nuit et je me sens disposée à broyer
du
noir tout le reste de la journée. Cette disposition d’esprit est rien moins
qu’aimable, aussi ferai-je peut-être bien de rester chez moi ce soir et de ne pas
porter mon ennui en ville ? Je verrai comment les quelques instants passés avec toi
opéreront sur moi. En attendant je te fais penser à prendre tes mesures pour ton siège
et je te prie de ne pas oublier le dessin de cette pauvre Eugénie qui le désire de toutes ses forces. Je sais
que Vilain doit aller chez toi tantôt porter
trois ou quatre épreuves des mains de ta femme passées à la
[stéarine ?]. Raison de plus pour moi de te recommander ce qui peut
leur faire le plus grand plaisir, c’est-à-dire un GRIBOUILLIS de toi. Voime, voime, voime, un BARBOUILLAGE. J’ôsea le dire à cette distance, de près je lécherai vos sacrées bottes,
mais de loin j’ai le courage et la fierté de l’indépendance. Oui DRAMATURGE, oui
SATAN, voilà ce qu’est votre Juju.
a L’accent circonflexe est-il volontaire, pour un effet d’emphase ?
« 21 janvier 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/10], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12558, page consultée le 05 mai 2026.
21 janvier [1850], après-midi, 3 h.
Je t’attends depuis très longtemps déjà, mon adoré, mais, à quelque heure que tu viennes, je suis trop sûre de ne te voir que bien peu de temps à la fois. Si tu avais pu revenir ce soir chez moi je n’aurais certainement pas accepté le dîner de mes marquis1. Mais dans la certitude où tu es de ne pouvoir pas venir je consens, pour des raisons d’économie et de vilénie, à aller manger chez ces braves gourmands. Le doublement triste pour moi serait que tu ne vinssesa pas de la journée. Rien que cette crainte me donne un découragement et une tristesse dont je ne suis pas maîtresse. Pourvu que tu n’aies pas eu la fâcheuse nécessité de sortir sans moi ? Je t’avoue que plus l’heure avance et plus je suis tourmentée. Mon Dieu, quelleb stupide vie que la nôtre et combien tu es coupable de ne la pas changer. Un temps viendra où tu regretteras de n’avoir pas mis plus à profit l’amour si vrai, si tendre et si passionné de ta pauvre Juju mais, hélas ! il ne sera plus temps parce que l’amour et le bonheur perdus ne se rattrapentc jamais. Je te le dis du fond du cœur, mon amour, tu as tort de ne pas aimer avec tous les auxiliairesd que le bon Dieu nous a donnése pour être heureux comme autant d’admirables instruments.
Juliette
1 Les Montferrier.
a « vinsse ».
b « quel ».
c « rattrappent ».
d « auxilliaires ».
e « donné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
