« 20 janvier 1850 » [source : Harvard, HL, MS Fr 100.4], transcr. Marva Barnett et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12557, page consultée le 26 janvier 2026.
20 janvier [1850], dimanche matin, 9 h.
Bonjour, mon aimé, bonjour, mon tout adoré, bonjour. Comment vas-tu ? Je t’aime. Dors, mon petit homme, et rêve de moi pour que nos deux pensées se rejoignent à défaut de nos corps qui sont trop souvent séparés. Que feras-tu aujourd’hui ? Ou plutôt que n’as-tu pas à faire ? Je t’ai prié de venir le plus tôt que tu pourras, mais j’ai grand’peur que tu ne le puisses pas longtemps. Je m’y attends sans pouvoir m’y résigner. Tu sais combien je le désire et je suis sûre d’avance que tu feras tout ce que tu pourras pour me donner le bonheur de te voir le plus vite et le plus longtemps que tu pourras. Cette pensée seule me donne du courage car si je croyais le contraire je mourrais de chagrin. Cher bien-aimé, je voudrais te donner tous mes soins et consacrer ma vie à te servir comme je consacre mon cœur à t’aimer et à t’adorer. Je voudrais pouvoir te ouatera de toutes sortes de dorlotteries afin que la vie te soit toujours douce et agréable. Je voudrais être à la fois ta servante et ta reine pour te servir et me faire protéger par toi. Hélas ! Je voudrais être la femme que tu aimes. Ce titre-là renferme tous les autres et contient tous les orgueils et tous les bonheurs. Malheureusement il n’y a pas de bonté et pas de générosité qui puissent remplacer ce sentiment. Sans cela je serais la plus heureuse des femmes dans ce moment-ci car tu es suprêmement bon et généreux et tu fais tout ce que tu peux pour suppléer à l’amour que tu n’as plus par le plus grand dévouement. Je le vois et je le sens, mon adoré, mais s’il m’était donné de choisir, j’aimerais mieux que tu sois égoïste et méchant et amoureux de moi. C’est un goût que j’ai comme cela, mais tel que tu es je t’adore, mon Victor, et je ne peux pas me passer de te le dire, c’est ma plus grande consolation. À défaut de bonheur je t’aime, je t’aime, je t’aime. Dors, mon petit homme, et n’écoute pas mon rabâchage. Je te baise à l’oreille, sur les yeux et sur les lèvres partout où tu peux m’entendre, me voir et me sentir, et je mets mon âme dans ton cœur pour qu’il la garde et qu’il la protège contre toute mauvaise pensée.
Juliette
a « ouatter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
