« 3 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 125-126], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5483, page consultée le 06 mai 2026.
3 septembre [1844], mardi soir, 5 h. ½
Je baise tes pieds, mon cher adoré, j’appuie mon cœur contre ton cœur pour l’empêcher
de souffrir. Je t’aime, mon pauvre homme éprouvé, je t’aime de l’amour le plus épuré
et le plus tendre, je t’adore. Je t’attends ce soir, mon Victor bien aimé. Je crains
que tu ne viennes que bien tard. Et, si j’osais dire toute ma pensée, je tremble que
tu ne viennes pas du tout. Cependant, tu m’as fait préparer à souper, mais ce n’est
pas une raison pour que tu tiennes ta promesse. Je ne serai sûre de mon bonheur que
lorsque je le tiendrai.
Clairette travaille à toute force.
Seulement, je ne suis pas en état de distinguer si c’est utilement qu’elle s’occupe.
Je désirerais, si ce n’est pas un trop grand ennui pour toi, que tu jettes les yeux
de
temps en temps sur sa besogne. Mais, je ne veux pas absolument que cela te coûte la
moindre fatigue. Si tu viens ce soir, je te demanderai et tu me diras oui ou non.
Si tu viens ce soir. Mais qu’est-ce que je deviendrais si tu
ne venais pas, mon Dieu ? Ô tu viendras, n’est-ce pas mon cher adoré, n’est-ce pas
que
tu ne me fuiras pas, mon cher bien-aimé, et que tu trouveras quelque douceur dans
mon
amour et dans mes regrets ? J’ai besoin de le croire, mon bien-aimé, pour supporter
tes continuelles absencesa. Sans cela, à quoi servirait que je t’aime plus que ma vie, si tu
ne trouvais aucune consolation dans mon amour ? Je ne sais pas m’exprimer, mon Victor,
cela se voit du reste, et la meilleure partie de ce que je sens reste au fond de mon
cœur. Mais tu le devines, n’est-ce pas ? Tu sais si je t’aime et si tu es ma vie.
Tu
sais encore si j’ai besoin de te voir et si je souffre de ton absence. Je n’ai donc
rien à t’apprendre de ce côté-là. Aussi je pourrais me dispenser de te gribouiller
ces
hideux gribouillis si ce n’était pas une manière pour moi de t’attendre avec moins
d’impatience et de tristesse. C’est pour cela, mon cher adoré, que je les fais avec
cette constance et puis pour avoir l’occasion de t’embrasser dans chaque motb.
Juliette
a « continuelle absence ».
b « mots ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
