6 octobre 1848

« 6 octobre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 347-348], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette. , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5000, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto, bonjour, comment vas-tu ? Je voudrais savoir si tu as enfin parlé hier1 ? À force de le désirer et d’y penser j’en parle toujours, ce qui ne doit pas t’amuser beaucoup. Je vais tâcher de changer la conversation, pour cela je te dirai que j’avais oublié de te dire hier que j’avais vu la femme de la rue de Charonne avec son petit enfant. La pauvre femme est toujours fort triste et fort tourmentée de savoir comment elle passera l’hiver avec quatre enfants et sans ouvrage. Son mari travaille toujours à la terre mais voici venir les mauvais temps et puis les 2 francsqu’il gagne hors de chez lui ne peuvent pas profiter à sa famille. Tout cela est en effet très inquiétant et navre le cœur. Si la République ne se hâte pas de venir au secours de toute cette effroyable misère, je crains qu’il n’y aita encore quelques hideuses journées comme celles de juin2 ! Quant à moi je voudrais déjà être hors de ce quartier qui reprend de jour en jour son attitude menaçante. Il me semble que les autres quartiers n’ont pas l’aspect provoquant et suspect de celui-ci. Je me trompe sans doute mais je voudrais être hors d’ici, non pas pour ma sûreté personnelle mais pour être auprès de toi. La pensée d’être si loin de toi me démoralise et me rend la vie insupportable ? Aussi je serai bien contente quand tu pourras t’occuper de mon logis3. D’ici là je t’aime et je te désire de toutes mes forces.

Juliette


Notes

1 D’après la Chronologie de Jean Massin, Victor Hugo n’intervient pas à l’Assemblée le 5 octobre. En revanche, il prononce le 6, dans le 15e bureau de l’Assemblée, son opinion sur l’exclusion des Bonaparte.

2 Les journées de Juin désignent les insurrections qui ont eu lieu à Paris, du 23 au 26 juin 1848, à la suite de la fermeture des Ateliers nationaux.

3 Juliette Drouet aspire à quitter son logement afin de se rapprocher de Victor Hugo, qui a quitté la place Royale le 1er juillet 1848. Elle emménagera à la cité Rodier durant le mois de novembre 1848.

Notes manuscriptologiques

a « est ».


« 6 octobre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 349-350], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5000, page consultée le 26 janvier 2026.

Suzanne rentre à l’instant, mon doux adoré. Tout s’est très bien passé. Quant au pauvre homme qui a porté le paquet il est impossible de rien voir de plus maigre, de plus misérable, de plus naïf et de plus honnête. Il est impossible de se méprendre sur la sincérité de ces pauvres gens. Du reste ils ont mis tout de suite ta recommandation à l’œuvre. Le maire les a très bien reçus, leur a donné une lettre pour leur pays et six sous pour l’affranchir, ce qu’ils ont fait tout de suite. Je lui ai dit de venir me donner des nouvelles de cette affaire afin que tu aies le plaisir de ta bonne action et aussi pour leur aplanir les difficultés, s’il y en a, comme ce n’est que trop probable.
Cher adoré, j’oublie de te dire que je suis parvenue à faire ta grosse commission. Cela n’a pas été sans peine et sans rebuffades mais j’avais à cœur de t’épargner cette corvée et j’en suis venue à bout. J’ai donc touché [somme illisible, exprimée en francs et sous] que tu emporteras ce soir si tu viens, comme je l’espère. Sinon je te les porterai demain.
Mais que je te dise encore et tant bien que mal combien je t’admire, combien je te vénère et combien je t’adore. Tu es pour moi le représentant de ce qu’il y a de plus beau, de plus grand, de plus noble, de plus doux et de plus généreux sur la terre. Je serais fière et heureuse de mourir en te servant, c’est la plus tendre et la plus sainte vérité.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.