« 8 octobre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 353-354], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5003, page consultée le 24 janvier 2026.
8 octobre [1848],dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour mon doux adoré, bonjour, je t’aime et vous ? J’ai déjà vu la femme Godet ce matin. La pauvre femme venait me dire qu’elle n’avait pas encore reçu ses papiers, ce qui n’a rien d’étonnant et je lui ai dit qu’il n’y avait guère possibilité qu’elle les eût avant trois ou quatre jours. Pauvre femme, je comprends son impatience. Sans pain, sans asile, sans ressource aucune et dans une ville où elle ne connaît personne. Il faudra que je demande à la mère Sauvageot si elle ne pourrait pas leur faire avoir des secours par Mme de Mornay. C’est dommage que [ta ?] femme ne soit pas ici dans ce moment-ci, tu aurais pu lui faire donner quelque chose et comme elle manque de tout à la fois on est bien sûr que tout ce qu’on fera viendra à point pour cette pauvre malheureuse et pour ces deux enfants. Du reste je ne te parle pas d’une lettre absurde que la femme de la rue de Charenton a apportée hier pour une ou un de ses amis. Tu la verras si le cœur t’en dit et si tu ne te lasses pas d’être pris par ces pauvres gens pour TOUT FAIRE. En attendant je voudrais bien que tu puisses faire ma BESOGNE à moi. Malheureusement je suis toujours la dernière servie, quand je le suis, ce qui n’arrive pas souvent. Taisez-vous et aimez-moi ça vaudra bien mieux.
Juliette
« 8 octobre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 355-356], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5003, page consultée le 24 janvier 2026.
8 octobre [1848], dimanche soir, 6 h. ½
Je suis bien contente, mon doux bien-aimé, que ce logis te convienne. D’aborda parce que te voilà débarrasséde
l’ennui de t’en occuper, ensuite parce qu’il est auprès de toi, ce à quoi je tenais
par-dessus tout1.
J’espère qu’il
ne surgira pas de difficultés pour le bail et que je pourrai être installée d’ici
à
quinze jours au plus tard. Demain je serai à peu près fixée à ce sujet. Quant à
l’arrangement de l’appartement, tu en seras seul juge. Je te promets de ne rien faire
que tu n’aies approuvé. Je sens plus que tu ne saurais me le dire combien est lourde
la charge et la responsabilité que tu portes en ce moment et je te promets de faire
tout mon possible pour payer le lit tout entier. J’ai bien la ressource de la penaillon mais elle n’y consentirait que pour la
diminuer. Si je peux vendre tous ces clinquants du théâtre peut-être en ferai-je assez
pour un échange et déjà je lui dois 10 francs dans lesquels elle rentrerait tout naturellement. Enfin je ferai
pour le mieux, car avant toute chose tu es mon pauvre adoré bien-aimé que j’admire
et
que j’adore.
Je t’ai pris dans ton buvard cette demi-feuilleb de papier qui était froissée et
tachée en attendant que j’achète enfin du papier demain. J’espère que tu viendras
ce
soir baigner tes yeux adorés2. Je le veux, je
l’exige, j’en ai bien le droit pour mes deux sous. Dieu que c’est cher !!!!!
Juliette
1 Juliette Drouet emménagera à la cité Rodier au cours du mois de novembre. Elle se rapprochera ainsi du logement que la famille Hugo occupera dès le 15 octobre, rue de la Tour-d’Auvergne.
2 Victor Hugo vient baigner ses yeux chez Juliette Drouet pour soigner ses problèmes ophtalmiques.
a « Dabord ».
b « demie feuille ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
