1 janvier 1850

« 1 janvier 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/01], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12544, page consultée le 25 janvier 2026.

Ta lettre, mon bien-aimé, ta chère petite lettre, je la tiens enfin1. C’est comme si je tenais une partie de ton âme, comme si je couvrais de baisersa un morceau de ton cœur. Oh ! merci, mon Victor, merci mon bien-aimé, mon bien véritablement adoré, merci. Tu as raison, mon doux bien-aimé, nos anges sont avec nous et nous protègent, ils gardent nos deux amours, c’est-à-dire nos deux existences, ils les défendent contre tout ce qui pourrait y porter atteinte. Tu as raison, tu as raison toujours. Sois béni, sois heureux, que tout ce que tu aimes soit un sujet d’orgueil et de joue pour toi. Je n’ai reçu ta lettre qu’à présent et je vois par sa date qu’elle aurait dû me parvenir par la première levée ce matin. Mais je n’ai pas le courage d’en vouloir à la poste et même à la politique qui est sale et qui prend lab place des choses ineffables que tu voulais mettre à la place. Je suis si heureuse que je n’ai de colère et de rancune contre personne. Je crois que j’embrasserais le facteur et que je voterais des récompenses nationales à l’auteur anonyme de l’amendement incongruc qui me vole une partie de mon bien. Maintenant que ma chère petite lettre est venue, c’est à ton tour, mon petit homme. J’espère que tu pourras t’échapper ne fût-ced que le temps de voir ma joie, ton dessin, ta lettre ? Toi ! Oh ! mon Dieu que de biens à la fois. Oh ! merci, merci, mon Dieu vous êtes bon comme il est bon, c’est-à-dire comme vous êtes grands et sublimes tous les deux. Merci, je vous adore.

Juliette


Notes

1 Hugo lui a écrit la veille au soir, à 6h., depuis les bancs de l’Assemblée. « […] Je finis l’année dans le vacarme de la politique, tu la commenceras demain avec cette lettre dans l’harmonie et dans l’espérance. […] Espérons que les orages et les tristesses sont passés ; Dieu nous a assez éprouvés ; il est temps qu’il nous relève. […] Vois, cette affreuse politique ! Je tourne cette page, et il se trouve que je t’ai écrit cette lettre pleine de mon âme sur le même papier où je ne sais qui a griffonné je ne sais quel amendement. Eh bien, toute la vie est ainsi : un mélange de toutes choses ; mais quand on aime, il sort de ce triste mélange une divinie harmonie. Je t’aime mon doux ange, et je couvre ce grimoire de baisers. […] » (édition de Jean Gaudon, p. 188).

Notes manuscriptologiques

a « baiser ».

b  « la la ».

c « incongrue ».

d « fusse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.