« 20 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 239-240 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2372, page consultée le 24 janvier 2026.
Lundi matin, 10 h., 20 juillet [1846]
C’est ta fête aujourd’hui, mon cher adoré, et je cherche dans mon cœur et dans ma pensée tout ce que j’ai de plus doux et de plus tendre pour te le donner en guise de bouquet. Autrefois, ma pauvre fille se réjouissait d’avance de ce jour-là et elle te préparait des surprises. Maintenant, elle se réjouit dans le ciel et elle demande au bon Dieu, je n’en doute pas, de te donner toutes les joies et tous les bonheurs de ce monde. Ce matin j’ai lu la messe à son intention et à la tienne, car je la priais de prier pour toi et pour tous ceuxa que tu aimes. J’espère qu’elle m’aura entendue et exaucée. Mon Victor chéri, mon adoré, mon amour bien-aimé, j’ai un côté de mon pauvre cœur meurtri et navré et l’autre côté plein de tendresse ineffable et d’adoration passionnée pour toi. Je pleure en pensant à mon pauvre ange envolé pour jamais. Je te bénis et je te souris en pensant que tu m’aimes et que je t’aime. Ces deux choses ne sont pas incompatibles et je les éprouve cent fois le jour. Mon Victor adoré, si je ne t’avais pas, je n’aurais pas pu supporter le malheur qui m’a frappée. Ton amour m’a préservée du désespoir. Sois béni, mon Victor adoré, car ton amour est un bienfait toujours. Je t’attends pour te baiser mon beau saint Victor et pour t’adorer, mon cher petit Toto. Tâche de venir plus tôt que d’habitude, que je ne sente pas les baisers se faner et se dessécher sur mes lèvres. D’ici-là, je vais me dépêcher de préparer ton eau1 et me débarbouiller pour être plus digne d’approcher ma bouche de la vôtre. Baisez-moi tout de même en attendant et ne vous essuyez pas après, je vous le défends.
Juliette
1 Victor Hugo, qui souffrait de problèmes ophtalmiques, allait souvent baigner ses yeux chez Juliette.
a « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
