« 19 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 237-238 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2371, page consultée le 28 janvier 2026.
19 juillet [1846], dimanche après-midi, 2 h.
Bonjour cher adoré, bonjour mon doux aimé, bonjour. Je te baise de l’âme en attendant que tu me donnes le bonheur de te baiser des yeux et des lèvres. J’espère que ce sera bientôt car l’heure est déjà avancée et il est peu probable que tu aies une seconde lecture aujourd’hui du même auteur d’hier1. Je t’attends avec toute confiance. Nous verrons si j’ai raison. J’étais trop fatiguée hier de toute manière pour profiter de la promenade que tu voulais me faire faire après minuit. Je ne sais pas ce que j’ai mais je me sens fatiguée en dedans, comme si c’était mon âme qui fût courbaturée. J’ai la vie lasse. Il y a des moments où je ne me sens plus le courage de vivre. Hier j’étais sur cette impression-là, et tout mouvement, toute pensée m’étaient également fatigantsa et pénibles. Aujourd’hui, j’ai repris du courage et de la force grâce aux deux adorables mots que tu m’as dits hier en m’attirant vers toi : je t’adore. À l’instant même, il m’a semblé que tu me versais dans le cœur des torrents d’amour et de bonheur et j’ai senti mon courage revenir comme par enchantement. Je voudrais pouvoir te dire cela dans une langue à part, qui n’aurait jamais été profanéeb par personne, tant mon amour est pur et digne de toi. Tout ce que je trouve de plus tendre et de plus passionné est tellement au dessous de ce que j’éprouve que j’en suis honteuse. Je rougis de la pauvreté de mon esprit qui ne sait pas créer des mots pour exprimer ce que j’ai dans mon cœur. Mon Victor chéri, mon amour, mon Toto adoré, pense à moi, désire-moi, aime-moi et viens bien vite. Je t’attends avec toute l’impatience de quatorze heures d’attente et de privation de toi.
Juliette
1 À élucider.
a « fatiguant ».
b « profané ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
