« 21 juin 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 271-272], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7751, page consultée le 23 janvier 2026.
21 juin [1841], lundi « soir », 5 h. ¾
Merci toi le meilleur, le plus doux, le plus généreux et le plus charmant des
hommes. Merci du fond du cœur, merci pour les trente-deux premières lettres de ton
écriture, si bonnes et si galantes. Merci encore pour les trente dernières, si
espiègles et si épigrammatiques, et mon cœur et mon âme pour les deux initiales qui
terminent cette ravissante dédicace à la plus maussade, à la plus laide, à la plus
vieille et la plus grognon des femmes, mais aussi à la plus tendre, à la plus dévouée,
à la plus fidèle et à la plus passionnée des amantes1. Merci mon cher ange, merci, tu es mon Victor toujours plus
sublime et toujours plus adorable.
Croirais-tu, mon adoré, que je n’ai pas encore
eu le temps de me débarbouiller depuis tantôt ? Et pourtant, excepté le petit bêchage
de mon jardin, je n’ai pas pris une seconde de répit. J’ai reçu et rangé mon linge
blanc, compté et raccommodéa mon
linge sale. J’ai en outre écritb à
Mme Pierceau,
qui doit voir Eulalie demain, de lui dire de
mettre d’autres boutons à tes caleçonsc moins coupantsd des bords, et en cuivre étamé au lieu
de fer battu parce qu’au blanchissage tous ces boutons
onte fait des taches de rouille, ce qui
n’est ni beau, ni propre, ni économique2. Enfin, mon amour, je suis encore dans ma
crasse quoique je sois levée depuis longtemps et que je sois censéefne rien faire. Je t’aime. Je suis une vieille méchante mais
je t’adore à deux genoux. Viens de bonne heure ce soir.
Juliette
1 Hugo vient d’offrir à Juliette son discours de réception à l’Académie française du 3 juin et celui de Salvandy avec cette dédicace : « Les trente premières pages à tes pieds, et les trente dernières où tu voudras » (Bibliothèque Pierre-Duché, Victor Hugo Juliette Drouet, Paris, 20 mars 1972, n°68, cité par Jean-Marc Hovasse dans Victor Hugo, Tome I, ouvrage cité, p. 823). La dédicace se compose d’une première partie de 32 lettres. Juliette s’est trompée dans son calcul : la deuxième partie comprend 31 lettres.
2 Mme Pierceau est couturière, tout comme Eulalie, et elles s’occupent actuellement des caleçons de Hugo.
a « racommoder ».
b « écris ».
c « calçons ».
d « coupans ».
e « on ».
f « sensé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
