« 16 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 7-8], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9566, page consultée le 25 janvier 2026.
Vendredi matin [ [16 octobre 1835 ?]]1, 9 h. ¼
Bonjour, mon adoré, bonjour, mon Victor bien aimé. Je t’ai attendu ce matin pensant
que peut-être tu viendrais me voir. Tu n’es pas venu, et je suis triste sans mauvaise
humeur car je ne prévois que trop les raisons qui t’ont empêchéa de venir.
Le temps est
bien beau ce matin et nous promet une belle journée. Si nous étions encore à la
campagne, nous l’emploierionsb
bien. Mais depuis que nous sommes à Paris, il est à remarquer qu’il a presque toujours
fait beau, de même que lorsque nous étions à la campagne2 il a constamment fait vilain, toujours par suite de notre bonne
chance.
Quoique je ne t’aie pas reparléc de notre voyage projetéd depuis que nous sommes de retour, je n’en ai pas moins eu
beaucoup de chagrin et de désappointement en voyant qu’il ne pouvait pas se faire.
Je
me suis résignée à cette nouvelle privation sans rien manifestere au dehors parce que je sais bien que tu partages tout mon chagrin devant la
nécessité de renoncer au bonheur d’être tout à fait ensemble plusieurs jours. Aussi
je
te le répète, mon Toto bien aimé, ce n’est pas de la mauvaise humeur que j’exprime
mais une grande tristesse.
Pauvre ami, tu travailles dans ce moment-ci et tu ne
prévois pas quand tu pourras venir embrasser ta pauvre petite femme qui t’aime de
toute son âme et qui est bien malheureuse de ton absence.
J.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
2 Juliette fait référence à leur séjour aux Metz, du 9 septembre au 13 octobre 1835 pour Juliette et du 10 septembre au 12 octobre pour la famille Hugo. Les amants ne logeaient pas au même endroit ; Juliette occupait une petite maison louée aux Metz et Victor Hugo était l’invité des Bertin, aux Roches, à quatre kilomètres de Juliette.
a « t’ont empêchées ».
b « emploirions ».
c « reparler ».
d « projetté ».
e « manifesté ».
« 16 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 9-10], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9566, page consultée le 25 janvier 2026.
Vendredi soir, 9 h., 16 octobre 1835
Mon cher petit homme, j’ai été trois fois méchante aujourd’hui, et je t’en demande
mille fois pardon à genoux. Je t’aime mon Victor. Je t’aime de toute mon âme et un
des
grands sujetsa d’irritation pour moi,
c’est quand tu parais douter de mon amour. Mon Victor chéri, je t’aime, c’est bien
vrai. Si je suis quelquefoisb
triste et morose, cela tient presque toujours à ce que je ne t’ai pas vu aux heures
où
j’avais l’espoir de te voir. Je ne suis pas maîtresse du plus ou du moins de désordre
que mon désappointement fait dans mes nerfs. Je voudrais que toi tu n’y apportes pas
autant d’importance parce qu’alors cela se passerait bien plus vite et nous ne nous
tourmenterions pas l’un par l’autre. Voilà, mon cher petit Toto, ce que je voudrais
parce que je suis bien sûre que si tu n’insistais pas sur ces tristesses organiques
qui me dominent, nous n’aurions que peu ou point de chagrin.
Je t’entends. Ta
présence vaut mieux que tous mes gribouillages.
a « sujet ».
b « quelques fois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
