8 février 1861

« 8 février 1861 » [source : BnF, Mss, NAF 16382, f. 37], transcr. Sophie Gondolle, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6590, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour mon amour toujours béni, bonjour. Puisses-tu avoir passé une bonne nuit et être tout à fait content de ta gorge et que Dieu te conserve à moi, à quelque prix que ce soit et surtout au prix de mes propres jours que je suis prête à lui donner sans compter, pour un seul des tiens. De ton côté, mon adoré, il ne faut pas faire de vœux contraires, fût-ce même comme simple badinage, car il y a des choses et des sentiments pour lesquels la plaisanterie est impie. Quant à Mme Engelson, dans son impatience de disséquer la lune et de faire l’autopsie de la grande ourse, elle enverrait de bon cœur tous ses amis au diable plutôt que de les laisser sur la terre s’attarder à donner ou à recevoir des soins, du dévouement, c’est-à-dire du cœur, de l’âme, de l’amour. Cette manière de procéder est expéditive mais je ne suis pas si pressée que cela et je te supplie de régler ta vie et ton cœur sur les miens, sauf à souffrir toutes les épreuves morales et physiquesa qu’il plaira à Dieu de nous envoyer. Mais surtout, ô mon cher adoré, ne dis pas des paroles imprudentes et ne fais pas de vœux impies sans m’y associer et sans prendre ma propre vie pour caution. Ne nous quittons ni de corps, ni de cœur, ni de pensée. Soyons attachés l’un à l’autre comme si nous n’étions qu’une même chair et qu’une même âme pour qu’il n’y ait pas de différence dans nos deux destinées, dans ce monde et dans l’autre. Pour cela, acceptons d’avance tout ce que Dieu nous imposera de souffrances de toutes sortes et bénissons-le dans un redoublement d’amour l’un pour l’autre, à chaque nouvelle épreuve. Mon Victor, je t’aime.


Notes manuscriptologiques

a « phisiques ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo termine Les Misérables en Belgique. Juliette copie avec délices.

  • 16 janvierHugo se laisse pousser la barbe.
  • 25 mars-3 septembreVoyage à Londres, puis en Belgique et en Hollande et dans les environs ; séjour à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Hugo quitte parfois Juliette pour rendre visite à sa famille à Bruxelles.
  • 20 décembreHugo consent au mariage de sa fille avec le lieutenant Pinson.