5 octobre 1850

« 5 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8458 ], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12651, page consultée le 26 janvier 2026.

Je n’avais pas pu achever mon élucubration interrompue par un hareng et par les divers incidents de la journée. Je la finis maintenant pour n’en n’avoir pas le démenti.
Bonjour, mon petit homme, bonjour. Savez-vous que vous avez été bien absurde et bien injuste envers moi hier. Heureusement que vous avez reconnu vos torts tout de suite et que vous avez compris que ce n’était pas seulement une chose ridicule, mais odieuse dont vous me supposiez capable tout bonnement. Heureusement, je le répète, que cela n’a pas duré longtemps et que vous êtes redevenu tout de suite le Toto adorable que vous êtes toujours. Merci, mon amour, merci car s’il en avait été autrement, vous m’auriez rendue très malheureuse pour le reste de la soirée. Merci, je vous aime, merci, mon bon bien-aimé, vous êtes beau. Je vous adore.

Juliette


« 5 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8459], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12651, page consultée le 26 janvier 2026.

Il vient de m’arriver toutes sortes d’accidents hideux. J’ai renversé mon petit godet à l’encre au milieu des brochures et de mon papier. J’en suis toute couverte et j’aia les doigts et les ongles teints comme ceux d’un grand artiste de ma connaissance. Tout cela ne m’émeut pas autrement cependant.
Et, si ce n’était la perte de mon encre et les taches à ma robe, cela me serait tout à fait égal. À propos, mon petit homme, on doit venir poser les tapis mercredi matin. Comment allons-nous faire pour concilier vos gribouillis avec mes bric-à-bracb ? Je n’ai pas d’autre endroit que la salle à manger pour déposer tous les meubles et toutes les porcelaines. Il faudra même que je fasse le déménagement mardi soir. Il faudra que tu aies la complaisance de caresser tous tes dessins, seulement pour ce moment-là. Tu peux être sûr d’avance que je les surveillerai avec la plus grande sollicitude. Je peux bien me permettre de les molester en paroles devant vous, mais au fond je les respecte et je les admire comme d’admirables chefs-d’œuvrec qu’ils sont. Aussi, soyez tranquille, il ne leur arrivera rien. Je vous attends ce matin, j’espère que ce ne sera pas une raison pour que vous ne veniez pas. Julie est partie ce matin à 7 h. Elle avait passé la nuit sur la chaise longue. Nous sommes revenues avec le chevalier Lacombe à minuit après une soirée très laborieuse pour moi du moins que le spectacle amusait peu, mais pleine de charme pour Julie qui voyait l’Opéra pour la première fois. Décidément, je n’ai pas la bosse de la musique. J’en ai peut-être d’autres, y compris celle du crime. Défiez-vous-en.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « je ».

b  « brics-à bracs »

c  « chefs-d’œuvres ».


« 5 octobre 1850 » [source : MVHP, MS a8460], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12651, page consultée le 26 janvier 2026.

Voici l’heure à laquelle vous venez, mon petit Toto, je serais bien attrapéea si vous me brûliez la politesse aujourd’hui car je n’irai pas voir Eugénie justement pour vous attendre. J’irai dans l’intervalle de votre déjeuner. De cette façon, je suis sûre de ne pas vous manquer d’une minute. Au moment où je tournais ma page, Jules vient me dire de la part de sa mère de ne plus lui apporter de goujons parce qu’elle ne les a pas trouvés bons. C’était facile à prévoir, pauvre femme, et je ne lui en aurais pas reporté sans qu’elle en redemande une seconde fois. Du reste, la nuit a été très mauvaise, comme toujours, et ce matin elle est encore plus affaiblie. J’ai dit à Jules que, puisque j’avais de ses nouvelles ce matin, je n’irais la voir que tantôt. Voilà ! mon cher petit homme, les nouvelles de cette pauvre femme, il est impossible d’en espérer de meilleure jusqu’au jour où le bon Dieu la regardera en pitié et la délivrera de tous ses maux. Jusque-là, il faut se résigner à la voir souffrir le martyreb sans pouvoir la soulager en aucune manière. Le temps de son côté n’est rien moins que favorable à aucune maladie. C’est aujourd’hui nouvelle lune, il n’y a pas beaucoup de soleil à l’horizon. Il est probable que nous aurons un vilain automne. J’en suis fâchée à cause de ta gorge que l’humidité n’arrange pas, c’est ce qui me fait doublement regretter qu’on ait perdu autant de temps cet été en essais infructueux. Décidément, j’en veux à M. Louis pour cette maladresse.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « attrappée ».

b  « martyr ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.