26 septembre 1850

« 26 septembre 1850 » [source : MVHP, MS a8451 ], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12645, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon grand croûton, bonjour, mon sublime rapin, bonjour, santé, joie et bonheur à vous et à tous les vôtres. Je ne vous demande pas à quelle heure vous êtes rentré hier ni ce que vous avez vu fait et dit, je vous demande seulement si vous m’aimez et si vous m’êtes bien fidèle ? Quoi que vous en disiez, mon petit homme, je suis très souffrante et j’ai très mauvaise mine ce matin. Maintenant, moquez-vous de moi, vous en avez le droit comme j’ai celui de sentir mon mal. Mais c’est assez parléa maladie comme cela, d’abord parce que cela ne t’amuse pas, ensuite parce que tout malaise s’efface devant les souffrances de la pauvre Eugénie. Ce matin, je prendrai mon courage et mon cœur de toutes mes forces pour aller la voir car je ne veux pas passer un seul jour sans lui donner cette marque de sympathie et de sollicitude bien qu’elle ne s’en aperçoive certainement pas. Si tu viens pendant que je serai chez elle, tu sauras que je vais revenir tout de suite et tu tâcheras de m’attendre. Je n’ai que cette seule joie au monde, te voir. Quand par hasard je perds une occasion de te voir, je ne me le pardonne pas et j’en suis triste pendant plusieurs jours. Aujourd’hui, je vais dîner chez mes amis parce que je sais que tu ne reviendras pas après l’Académie. C’est une distraction qui m’est nécessaire quand je ne dois pas te voir et que je saisis avec une sorte d’instinctb de conservation car je sens que l’isolement absolu me rendrait bientôt folle. Je t’aime trop, voilà.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « parler » écrit parlér (l’accent a été raturé comme pour corriger)

b « inctinct ».


« 26 septembre 1850 » [source : MVHP, MS a8452 ], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12645, page consultée le 24 janvier 2026.

Je vais me dépêcher d’aller chez Eugénie avant même de me débarbouiller pour être de retour avant toi dans le cas où tu viendrais travailler de bonne heure. Si par hasard tu venais avant moi, ne t’en va pas je t’en prie car je ne peux pas tarder longtemps. Je te dis tout cela ici comme si cela pouvait influer sur ce que tu voudras faire ce matin puisque tu ne liras un gribouillis que ce soir. C’est toujours ainsi que je fais comme si ma pensée écrite était en télégraphea électrique et sous-marin en communication directe avec toi. Hélas ! il n’en n’est rien et mon fil électrique et mon gutta-percha sont encore à trouver. Je t’aime dans mon for intérieur et presque sans que tu t’en doutes tant il y a de distance maintenant entre ton cœur et le mien. Je voudrais savoir déjà comment agira ta nouvelle cautérisation et ton nouveau gargarisme. J’ai hâte de te savoir débarrassé de ce bobo gênant surtout au moment où la session approche. J’espère que l’habileté de ce nouvel opérateur te tirera de là plus tôt que ne l’a fait l’inhabileté de M. Louis, à moins que la médecine n’ait pas plus de logique que la justice et la politique. En attendant, prends bien soin de toi, mon petit homme, et aime-moi si tu peux. Dites donc, mauvaise paie, apportez-moi donc mon argent s’il vous plaît. Je vous déclare que j’enjambe sur Suzanne maintenant. Tant pire pour vous si je vous perds de réputation financière auprès de cette célèbre servante qui déjà professe une admiration réac et modérée pour votre talent d’artiste gribouilleur. Je vous en avertis car je crois que vous tenez à votre popularité en général et celle de Suzanne et de Fouyou en particulier. Faites votre profit de l’avertissement, taisez-vous et baisez-moi.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « thélégraphe ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.